DAKAR ( Impressions (ébauche)
10 au 13 décembre 2004

I
dakar
trente-trois degrés dix décembre deux mille quatre
houx traîneaux neige qui poudroie sur les vitres de l'aéroport léopold senghor
dieu est-il noir à dakar

papa noël est noir et blanc à dakar
noir sur les affiches entre nescafé fanta nestlé fanta couches-culottes fanta
blanc rouge ventru joufflu au bout du fil de laiton accroché aux poignets des vendeurs à la sauvette
sapins en plastique vert à la main guirlandes aux poignets autour du cou
ils déambulent sous le soleil des tropiques en boubous ou jeans tee-shirts
papa noël est blanc à dakar

les papas noëls de dakar sourient blanc dans l'avenue de l'indépendance marée humaine bigarrée poudreuses les rues grouille le peuple dans les rues
à pied ou en grappes sur les banquettes défoncées aux portières des cars rapides
déglingués rouillés
criards rouillés
rafistolés avec rouillés
peinturlurés rouillés
bariolés d'inscriptions tat-taf bon patron stop rouillés
horaires rouillés
klaxons taxis jaunes hep taxi cinq cents cinq mille fcfa palabres

dakar kayes kayes dakar
la voix du grand-père les mains du grand-père les lignes bleues tatouées sur les avant-bras du grand-père
dimanches d'hiver soirs d'été à saintgildasdesboisenfrance il y a il y a longtemps longtemps

jamais ne dit jamais ne décrit jamais ne parle trop joseph
s'entête kayes dakar dans la pièce au sol cimenté
repousse les ombres du soir sous sa casquette et ses cheveux blancs
dit enterrés jusqu'au cou dans la poussière et le sable
dit feu soldat joseph andré

je cherche grand-père auprès du port
sur le marché autour des étals des marchands venus de kayes
je cherche grand-père
on est en décembre trente trente-trois degrés le soleil chauffe la pierre
les corps appuyés assis debout contre le mur
les visages dissimulés derrière une main un pan de tissu indigo
le sang noir des bêtes égorgées moutons brebis agneaux
écartelées sans pudeur au soleil par terre dans la poussière
les cris de la foule et des femmes qui haranguent les passants
au milieu des jarres poignées de piments grelots crécelles en bois grossier plats vernissés aux dessins bleus
corbeilles tressées bracelets colliers poudres de pigments
les hanches fécondes sous les boubous de toutes les couleurs

passent les pères noëls blancs au milieu des dieux noirs de dakar
s'arrêtent aux abords de la médina loin ville de papier glacé bâtiments coloniaux bougainvilliers
près tôle ondulée gravats immeubles sans couleur
jouent les petits des hommes jouent les chats maigres dehors
bêlent les moutons dans les cours sur les trottoirs

somnolent les gens allongés sur des nattes pieds nus

ici marchandent chaussures cigarettes
là cassettes montres cd
là-bas flacons de parfum briquets breloques
plus loin figurines statuettes gris-gris
au bord des routes sous le soleil s'exposent salons en cuir chambres à coucher salons frigidaires salons tapis salons salons salons

rues de la médina
blanc coloré le linge sèche entre deux arbres deux poteaux télégraphiques
assis en cercle sur le sol de jeunes enfants récitent une leçon
siffle sur leurs têtes la badine du maître d'école
six huit neuf dix ans aussi maigres que les chats
des gosses pieds nus vous attrapent par la manche sourient
s'agrippent aux vêtements sourient
mendient sourient

lumière de la peau lumière des yeux des enfants de la médina
fierté beauté des hommes et des femmes de la médina

blanche de peau dessus je suis
mais sombre de peau de cheveux de regard dedans je suis depuis quand

on parle wolof on rit wolof on crie wolof
kaye fi viens ici ne pars pas
souba demain oui souba tu reviendras je t'attendrai
dakar damala beugue dakar je t'aime

dieu parle-t-il wolof à dakar