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par
Komnen Becirovic
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Jürgen Elsässer,
Ljubisa Folic, Komnen Becirovic, Thomas Deichmann
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La
douloureuse symphonie Kossovienne
Le
Club de la Presse Suisse à Genève a organisé le 15 novembre 2001
une table ronde très réussie sur le thème «Qu’avons-nous appris
avec les Balkans?» à laquelle ont participé Comnène Betchirovitch,
auteur du livre Le Kossovo dans l'âme, paru l'été passé aux éditions
L'Age d'Homme; Jürgen Elsässer, directeur de la revue Konkret
de Hambourg, auteur du livre La République Fédérale dans la guerre
au Kosovo – Chronique d’une manupulation; Thomas Deichmann, directeur
de la revue géopolitique et scientifique Novo de Frankfort, qui
a été l'un des premiers à dénoncer l'imposture des prétendus camps
de la mort serbes en Bosnie; Lioubicha Folitch, architecte et
professeur d'université originaire du Kossovo, qui a exécuté dans
les années 90, le plan de la reconstruction de la cathédrale de
Djakovitsa, détruite en 1947 par le régime communiste, pour subir
le même sort de la part des Albanais lors de l'entrée de l'Otan
au Kossovo en juin 1999; Alexandre Darian, journaliste d'origine
russo-arménienne, qui a brillement animé la soirée.
Je voudrais d'abord remercier la
direction du Club de la Presse Suisse de nous avoir offert la
possibilité de parler de la face cachée des évènements en ex-Yougoslavie,
face cachée par le fait du silence médiatique qui pèse sur ces
évènements, par des manipulations à des fins purement politiques.
Jürgen Elsässer et Thomas Deichmann, viennent de démontrer, preuves
à l’appui l’étendue des mensonges sur le prétendu camp de concentration
serbe d’Omarska en Bosnie et de massacre télévisé de Ratchak au
Kossovo, attribué aux Serbes et qui servit de prétexte à l’Otan
pour se lancer dans sa meurtrière aventure balkanique. Pour ma
part, je me bornerai à vous parler du livre Le Kossovo dans
l’âme, que je viens de publier et dont le titre exprime le
sentiment commun à tous les Serbes, où qu’ils se trouvent, le
Kossovo, depuis près de mille ans, faisant partie de leur territoire
et de leur histoire, de leur culture, de leur mémoire, de leur
identité. Assurément, le Kossovo ne représente pas tout cela pour
les Albanais, puisque leur rapport avec celui-ci est essentiellement
démographique, le fameux 90 % d’Albanais de souche, contre
10 % de Serbes dont on nous a tant rabattu les oreilles depuis
des années.
Le Kossovo dans l’âme des Serbes,
certes, mais aussi dans l’âme de tous les hommes civilisés, comme
en témoigne le Christ kossovien du XIIIe siècle en
couverture de mon livre et qui, dirait-on, illumine l’actuelle
nuit kossovienne. Il s’agit, sans nul doute, de l’une des plus
hautes images non seulement du patrimoine néo-byzantin, mais de
l’art chrétien universel. Mais avant d’aborder le Kossovo en tant
que valeur de civilisation, je voudrais vous entretenir brièvement
de divers aspects de mon ouvrage. C’est d’abord un livre iconoclaste
quant à la politique de l’Ouest dans les Balkans au cours de la
dernière décennie. En effet, ceux qui parmi les lecteurs s’attendaient
à ce que l’auteur y vantât l’amour de la paix de Clinton et de
Blair, l’humanité de Madeleine Albright, la justice de Carla del
Ponte, la profondeur de la philosophie de Bernard-Henri Lévy,
d’André Glucksmann ou d’Alain Finkielkraut, le souci de la vérité
de Jamie Shea, l’impartialité du journal Le Monde, les
exploits humanitaires de Bernard Kouchner au Kossovo, etc., resteront
sur leur faim.
C’est tout le contraire, car tous
ces personnages et bien d’autres, qui ont contribué à faire si
sombre la fin du XXe siècle et du deuxième millénaire,
s’y trouvent soumis à la plus sévère critique. Ceci, au point
que Clinton y est qualifié d’ancien fuyard de l’armée américaine
au Vietnam, métamorphosé en cavalier de l’Apocalypse dans les
Balkans; Madeleine Albright, d’âme damnée de la guerre de l’Otan
contre les Serbes et même de Diablesse du monde; le tribunal de
La Haye davantage de complice que de pourfendeur de crimes contre
l’humanité; Robin Cook de nain hirsute vociférant sorti de la
ténébreuse forêt shakespearienne; l’Otan, quoiqu’une coalition
de nations essentiellement chrétiennes, de mercenaire de la haine
atavique albanaise contre les Serbes et de glaive d’Allah sur
une nation chrétienne qu’est la Serbie. Aussi y-est-il question
de l’envers barbare de la civilisation et de l’envers totalitaire
de la démocratie, de même que l’on y voit la bête de l’apocalypse
danser au pied de l’immense croix serbe dressée à l’horizon du
troisième millénaire. Peut-être me suis-je laissé entraîner par
l’indignation devant l’injustice dont nous avons été victimes,
mais si j’ai eu recours à des images mythiques, c’est que la réalité
à la fin du XXe et au début du XXIe siècle
a pris une tournure tout à fait mythique.
En effet, n’a-t-on jamais vu, Mesdames
et Messieurs, dans l’histoire de l’humanité, dix-neuf nations
comptant près d’un milliard d’hommes, disposant de moyens politiques,
économiques, militaires et médiatiques illimités, s’abattre sur
un peuple d’une dizaine de millions d’âmes, isolé, affamé, exsangue,
satanisé, sans que ce peuple ait fait le moindre tort à aucune
de ces dix-neuf nations? Or, c’est exactement ce qui s’est passé
avec la guerre de l’Otan contre les Serbes. Ou prenons un exemple
plus récent: quel romancier ou quel cinéaste de génie, quel homme
politique prévoyant ou quel commentateur lucide auraient pu concevoir
l’enfer qui s’est abattu sur la ville de New York le 11 septembre
dernier? Ce n’est certainement pas le génie politique de M. Clinton
et de Mme Albright qui, par leur politique arrogante et dominatrice,
sont à l’origine de l’inimitié actuelle du monde envers les États-Unis.
Qui plus est, par leur assistance aux éléments les plus radicaux
et les plus rétrogrades dans le monde islamique, que ce soit en
Asie centrale, au Caucase ou dans les Balkans, ils ont élevé le
fléau qui a frappé l’Amérique et qui menace l’Occident tout entier.
En fait les États-Unis, par de qui s’est passé le 11 septembre
et par la suite, ne font qu’expier par là où ils ont péché.
Un autre aspect que j’estime important
dans mon livre, c’est l’approche historique de la question du
Kossovo, approche dont on a fait totalement table rase dans le
traitement des conflits balkaniques par ce qu’on appelle la communauté
internationale. Or, pas plus que l’on ne saurait traiter des malades
sans connaître l’histoire de leur maladie, on ne pourrait prétendre
vouloir raisonnablement résoudre les conflits entre les peuples
sans en connaître l’origine. Malheureusement chaque fois que je
prononçais avec mes amis le mot histoire, dans la mesure
où nous pouvions nous exprimer dans les médias, on nous rétorquait
par la formule magique: frappes aériennes ou même frappes
chirurgicales, un peu comme Gœbbels qui au mot culture
sortait son revolver.
La plus grande erreur des hommes
politiques et médiatiques de l’Ouest, aussi bien en Bosnie qu’au
Kossovo, c’est qu’ils ont pris d’anciens conflits historiques
entre Serbes et Albanais et entre Serbes et musulmans bosniaques,
pour une affaire idéologique, celle des droits de l’homme et de
la démocratie, avant de s’apercevoir qu’il n’en était rien. Voyez-vous,
il a fallu que Kouchner, prophète de la guerre humanitaire, passe
un an et demi au Kossovo, en tant qu’administrateur de l’Onu de
la province, pour qu’il mette un peu en sourdine son discours
idéologique et commence à parler des siècles de conflits entre
Serbes et Albanais. Mais que de délires, que de malédictions proférées
de sa part, surtout que de malheurs pour les populations concernées,
avant d’arriver à une chose aussi simple et aussi évidente!
C’est par plusieurs textes traitant
de l’histoire du Kossovo et contenant des témoignages de Hugues-Laurent
Pouqueville du début et de Victor Bérard de la fin du XIXe
siècle, de Georges Gaulis et de Milan Rakitch du début du XXe
siècle, que j’ai essayé de remédier à cette carence et de démontrer
que les évènements de nos jours, quant aux violences albanaises
au Kossovo que l’on a tant imputées à la prétendue dictature serbe,
ne sont en fait que la continuation des évènements analogues du
passé. Il en ressort en effet que la terreur albanaise à l’époque
ottomane faisait rage sans désemparer sur les Serbes du Kossovo,
alors que ceux-ci n’avaient alors nul tort, hormis celui d’exister.
Toute la différence entre la situation d’alors et d’aujourd’hui
réside dans le fait que la terreur albanaise, sous l’égide de
l’Otan, s’est amplifiée. La preuve en est que jamais, même dans
les périodes les plus noires de l’occupation turque du Kossovo,
on a vu une telle multitude — deux cent cinquante mille Serbes
— fuir le Kossovo et une centaine d’églises détruites en l’espace
de deux mois seulement, ce qui s’est produit lors de la prise
du Kossovo par les troupes de l’Otan en été 1999.
D’autre part, en reproduisant, dans
une série de chapitres qui alternent avec mes propres textes,
intitulés Le Kossovo de l’absolu, un grand nombre de citations
d’auteurs ayant écrit sur le Kossovo depuis deux siècles, j’ai
voulu démontrer que la question Kossovo relevait également de
la plus haute spiritualité, l’art et la poésie avec la religion,
étant précisément du domaine de l’absolu de l’homme. Les formes
et les images sublimes de Petch, de Gratchanitsa et de Detchani,
dont on ne parle presque jamais, sont aussi le Kossovo auxquelles
nul être civilisé ne peut rester insensible, du fait même qu’elles
figurent dans toutes les anthologies de l’art universel, comme
l’Épopée du Kossovo se trouve dans toutes les anthologies
de la poésie mondiale. Là aussi, j’ai fait appel à des auteurs
les plus éminents, tels que le poète Adam Mickiewicz, grand exégète
de la poésie serbe, Saint René Taillandier, historien de la Serbie
du XIXe siècle, Adolphe d’Avril, merveilleux traducteur
de l’Épopée du Kossovo, Édouard Schuré, écrivain mystique,
interprète de cette épopée, Gabriel Millet, historien de l’art
sacré médiéval serbe, Charles Diehl et André Grabar, tous deux
célèbres byzantinistes et bien d’autres. De même, pour étayer
mes thèses, en ce qui concerne la dénonciation de la guerre de
l’Otan contre les Serbes, je me réfère à nombre d’auteurs contemporains
comme le géopolitologue Pierre Marie Gallois, le sociologue Noam
Chomsky, l’historien François Xavier Coquin, l’ambassadeur Gabriel
Robin, l’homme politique australien Malcom Frazer, le publiciste
Louis Dalmas et les journalistes Renaud Girard et Steven Erlanger
et tant d’autres qui se sont révélés des hommes de vérité à travers
le drame yougoslave. Si bien que tout ce que j’affirme moi-même,
je le confirme par les autres. Naturellement parmi ces auteurs,
une place de choix est occupée par mon ami Frantz Weber avec lequel
j’ai milité, il y a quinze ans, pour la préservation des sites
naturels et culturels magnifiques de la Moratcha et de la Studenitsa
en Yougoslavie. Il n’a pas hésité à s’engager pour la sauvegarde
des monuments au Kossovo dès que l’Otan a brandi ses premières
menaces de bombardement contre les Serbes au printemps 1998. On
comprend combien l’inquiétude de Frantz Weber et la nôtre avait
été justifiée devant le spectacle actuel d’un Kossovo au patrimoine
dévasté, ce que nous allons voir tout à l’heure grâce à notre
ami l’architecte Lioubicha Folitch qui en est d’autant plus affecté
que le Kossovo est son pays natal.
Pour conclure, mon ambition, en
composant cet ouvrage, aura été celle de sortir la question du
Kossovo de la néfaste logique de la politique, de l’idéologie
droit de l’hommiste ou de la plus basse propagande, pour la situer
sur le plan de l’histoire, de la culture, de la civilisation.
J’ai tenté de traiter le drame du Kossovo dans toute sa complexité
et dans toute sa profondeur, pour offrir aux lecteurs et au public
un livre aux voix multiples, une sorte de symphonie kossovienne,
certes, aux accents le plus souvent douloureux.
C’est à vous qui avez lu Le Kossovo
dans l’âme ou qui voudrez bien le lire, de juger dans quelle
mesure j’y ai réussi.
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