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Victoire de l’esprit sur la force au Kossovo
Allocutions prononcées respectivement par Komnen Becirovic, Louis Dalmas, Jean-Paul Besse, François-Xavier Coquin lors de la soirée consacrée au livre de Komnen Becirovic Le Kossovo sur le calvaire, au Centre culturel de Serbie, le 22 janvier 2010. Victoire de la vérité sur le mensonge, de l'esprit sur la force,
Cette référence au mont Lovtchène s'impose non seulement en ce qui concerne mon action, mais surtout parce que le sort du temple du mont Lovtchène avait tragiquement préfiguré, à 20-30 ans de distance, le sort d'innombrables temples serbes à travers la Krajina, la Bosnie-Herzégovine et surtout à travers le Kossovo et la Métochie, transformés en ruines souvent par la même main sacrilège et meurtrière. Jugez d'après ce détail: la presse titiste rapporta, lors de la destruction, en 1972, de la chapelle du Lovtchène où reposaient les cendres du grand Niegoch, comme un véritable exploit, le premier coup de pioche qu'y avait donné un Albanais de Djakovitsa, nommé Ishlam Berisha. L'appel que j'avais lancé dans l'International Herald Tribune du 19 mars 1970, contre la profanation et la destruction du sanctuaire du mont Lovtchène et celui que j'ai lancé, dans Le Figaro du 15 mars 1999, pour la sauvegarde des monuments de civilisation au Kossovo, se font tristement écho par-dessus un abîme de malheurs, et auront été la réaction contre le même mal antiserbe. Celui-ci a pris, avec l'éclatement de la Yougoslavie et, en particulier, avec l'affaire du Kossovo, des proportions apocalyptiques sous forme de mensonges médiatiques et de bombardements de l'Otan sur la Serbie, les uns accompagnant les autres dans un grondement de l'enfer tel que le monde n'en avait jamais vu auparavant. Nous sommes quelques-uns à avoir mené dès le début et sans relâche le combat contre ce mal, combat ô combien inégal vu l'immensité des forces auxquelles nous étions confrontés. Il est à regretter que l'un de nos compagnons les plus conséquents, les plus constants, les plus inébranlables dans cette lutte, en fait le patriarche de notre juste cause serbe, Pierre-Marie Gallois, se voit empêché, non pas tellement par son grand âge, qu'il portait admirablement jusqu'à récemment, que par sa maladie, d'être parmi nous ce soir. Cependant, il m'a appelé hier en me disant d'une voix profonde nouée d'émotion: «Etant dans l'incapacité d'être avec vous, j'aurais aimé vous adresser un message, mais je ne peux plus écrire, car ma main tremble, et je n'ai personne en ce moment à qui le dicter». Puis, en remontant 70 ans en arrière à l'époque où, soldat de la France Libre, il combattait dans la RAF, il a continué: "On exaltait alors devant nous l'héroïsme des résistants serbes qui retenaient d'entières divisions allemandes dans les Balkans, qui auraient bien pu servir l'ennemi sur le front de l'Est. Les Alliés ont une grande dette envers les Serbes tant en ce qui concerne l'issue de la Deuxième que de la Première guerre mondiale. Malheureusement, les dirigeants des peuples ne considèrent que leurs propres intérêts de sorte que, lors l'éclatement de la Yougoslavie, une coalition s'est formée contre les Serbes qui se sont trouvés au ban des nations et, ainsi, victimes d'une profonde injustice. Dites à nos amis toute ma fidélité." N'est-ce pas infiniment admirable de la part d'un homme qui se trouve au seuil de l'au-delà et qui tient à nous envoyer un tel message? Mais fidélité, voilà bien le mot qui convient! Justement, lors de la présentation de ses mémoires Le Sablier du siècle, il y a dix ans ici même, j'avais intitulé mon exposé Le général Gallois ou la France fidèle, ce que notre vénérable maître et ami semble demeurer jusqu'au son dernier souffle. Par contre, nous avons la chance d'avoir avec nous un autre protagoniste de ce combat surhumain que nous avons mené en commun, un autre héros de cette épopée de la vérité serbe en la personne de Louis Dalmas qui dirige remarquablement depuis quinze ans la seule tribune de la vérité serbe à l'Ouest, la revue Balkans-Infos, et dont il faut également saluer le retour au Centre culturel de Serbie, après de longues années d'absence. En ce qui nous concerne, Balkans-Infos aura été et continue d'être la seule éclaircie dans le ciel sombre de la pensée unique en France, éclaircie qu'il faudrait naturellement aider à s'élargir en vaste étendue céleste. Il en va de même de la présence de Jean-Paul Besse d'autant que notre amitié date du temps lointain de mes Lettres des sanctuaires serbes où il était en train de découvrir le monde orthodoxe, son histoire, sa spiritualité, sa civilisation avec une prédilection pour la Serbie et la Russie naturellement. Bien que plus discret, plus effacé, loin des feux de la rampe, menant une vie quasi-monacale, il n'a pour autant cessé, comme vous le verrez dans son exposé, de vivre profondément les épreuves que nous avons vécues et de ressentir les injustices dont nous avons fait l'objet depuis tant d'années. Quant à l'éminent historien du monde russe François-Xavier Coquin qui nous honore de sa présence ce soir, il nous a rejoint relativement tard mais au moment crucial: il fut l'un de ceux, hélas rares, qui éleva publiquement la voix, notamment dans Le Figaro, lorsque l'Otan bascula dans le crime contre les Serbes, au mois de mars 1999. Notre rencontre ayant eu lieu sous les auspices de l'un des plus grands poètes européens, le vates polonais Adam Mickiewicz, et dans le climat de la conspiration du silence contre les Serbes, je ne peux m'empêcher de vous en dire quelques mots. Lors du colloque international organisé en décembre 1998, à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Mickiewicz, au Collège de France où le poète professa l'histoire et la littérature des Slaves, il y avait des exposés sur Mickiewicz et tel ou tel peuple y compris, je crois, les Uzbeks, mais il n'y en avait point sur Mickiewicz et les Serbes dont il avait pourtant, dans ses leçons, exalté la poésie, notamment l'Epopée du Kossovo et Le Mariage de Maxime Tsernoyévitch, plus que toute autre. J'exprimai mon étonnement devant l'assistance qui se montra plutôt solidaire, en particulier à travers quelques personnalités dont Monsieur Coquin qui, en fait, était président du Colloque, mais qui en avait confié le programme à l'un de ses collègues polonais enseignant en France. Celui-ci, dans le conformisme ambiant antiserbe d'alors, n'avait pas eu le courage d'inclure dans le programme un sujet aussi iconoclaste qu'aurait été Mickiewicz et les Serbes. Si nous nous trouvons réunis ce soir sous les auspices du Kossovo, c'est grâce à l'heureuse initiative pour cette soirée de notre ami ambassadeur Dusan Batakovic dont les livres sur le Kossovo sont devenus incontournables, initiative dont nous le remercions vivement. Hélas, il n'a pas pu inaugurer notre soirée ni y participer, comme il l'avait souhaité, car il se trouve en ce moment au palais de l'Elysée où le Président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy, a convoqué le corps diplomatique pour lui présenter ses vœux de Nouvel an. Et encore une absence, celle du professeur Jean-Paul Bled qui a parrainé la parution de ce livre en tant que préfacier, qui en a organisé la présentation en juin dernier à la Sorbonne et qui aurait dû figurer parmi les intervenants, s'il n'avait pas été appelé ces jours-ci à Vienne qui, du reste, fait l'objet de l'un de ses ouvrages. Maintenant, il me reste à retenir quelques minutes votre attention sur mon livre, avant de laisser la parole à nos éminents invités. Le Kossovo sur le calvaire, constitue le troisième volet de ma Trilogie kossovienne, après le premier volet, Le Kossovo dans l'âme, paru en 2001, et le deuxième, Le Kossovo de l'absolu, publié en 2007. Alors que le premier tome comporte mes articles, mes discours, mes appels, mes interviews sur le thème du Kossovo durant les années 90 ; et alors que le second tome traite de l'art sacré des temples kossoviens vu principalement par les auteurs européens, en même temps que de l'Epopée du Kossovo qui baigne également dans le sacré par son caractère christique, ce troisième tome contient des témoignages irréfutables les plus divers, puisés dans une multitude de sources historiques serbes et étrangères, mais bien davantage étrangères, qui démontrent dans leur totalité la serbité absolue du Kossovo. Certes, mon enquête s'étend sur presque deux millénaires de l'histoire du Kossovo, en particulier à travers les sources byzantines quant au premier millénaire où l'on ne retrouve nulle trace des Albanais, non seulement au Kossovo mais dans les Balkans, jusqu'au XIe siècle quand ils sont pour la première fois sporadiquement mentionnés dans les ouvrages de Michel Attalleiatès et d'Anne Comnène. Contrairement à ce que n'ont cessé de répéter, en reprenant la propagande albanaise, les inconditionnels de la cause albanaise, tel Bernard Kouchner, sur l'inimitié entre Serbes et Albanais depuis la nuit des temps, leurs rapports avaient été des plus excellents tout au long du Moyen-Age, quand les Albanais finalement apparaissent sur la scène de l'histoire. Et la preuve, entre tant d'autres, réside dans le fait que le héros national albanais Georges Castriota dit Skanderbeg, est par ses deux parents d'origine serbe. Vous trouverez dans mon livre son arbre généalogique dressé par l'historien allemand Karl Hopf au XIXe siècle. Cependant ces relations se gâchent, se dégradent à partir de la conquête définitive des Balkans par les Turcs à la fin du XVe siècle, lorsque les Albanais commencent à se convertir massivement à l'islam, bénéficiant de toutes sortes de privilèges sur les chrétiens jusqu'à disposer de leurs biens, de leur honneur et de leur vie. Ils ne tardent pas à descendre de leurs montagnes dans les plaines de la Métochie et du Kossovo, d'en réduire en esclavage les habitants, les massacrer, les albaniser ou les forcer aux exodes successifs, en s'emparant de leurs terres. Le premier de ces exodes est celui de 1690, lorsque environ cent mille d'entre eux, avec le patriarche Arsène Tcharnoyévitch, quittèrent sous la pression turco-albanaise le Kossovo et la Métochie et se refugièrent en Hongrie, tandis que les Albanais remplirent l'espace vide laissé derrière eux. Cet exode, qui entame l'hémorragie de la population serbe du Kossovo, a inspiré à notre grand peintre classique Paya Yovanovitch son plus célèbre tableau, La Grande Migration des Serbes, dont la reproduction, comme vous voyez, figure sur la couverture de mon livre. C'est ainsi que commence le long calvaire du Kossovo, tant en ce qui concerne ses habitants que ses monuments de civilisation, qui se poursuivra durant les cinq siècles du règne ottoman pour reprendre, après une halte d'une vingtaine d'années dans la première Yougoslavie, avec l'occupation fasciste germano-italienne de la province durant la Seconde guerre mondiale, puis sous la tyrannie communiste, avant d'être conduit de nos jours à son terme par les apôtres des droits de l'homme, de la démocratie, par les humanistes de tous bords qui ont eu recours à la plus grande puissance militaire de tous les temps, l'Otan, afin d'écraser sous les bombes la population la plus martyrisée du monde avec la nation serbe toute entière! Une nation qui, comme le général Gallois vient de nous le laisser entendre, a contribué par deux fois au XXe siècle à préserver la liberté du monde! La grande faute, pire encore, le grand crime de la soi-disant communauté internationale dans l'approche de la question du Kossovo aura été d'ignorer l'aspect historique et civilisationnel de la question du Kossovo et de dévoyer, pervertir un long antagonisme historique entre Serbes et Albanais en une affaire bassement politique, idéologique et droit-de-l'hommiste. Bien que cela puisse paraître paradoxal, ce sont les démocraties qui ont parachevé au Kossovo l'œuvre des tyrannies les plus noires et même les ont dépassé. En effet, on a beau consulter d'innombrables sources historiques, comme je l'ai fait, on ne trouve nulle part, sous aucun sultan, sous aucun Hitler, sous aucun Mussolini, sous aucun Tito, le fait que 200 mille Serbes aient fui la province et qu'une centaine de leur églises ait été détruite seulement en quelques semaines, comme cela fut le cas sous Clinton et ses acolytes, en été 1999. En fait au Kossovo est apparu ce que j'ai appelé déjà dans Le Kossovo dans l'âme, l'envers totalitaire de la démocratie et l'envers barbare de la civilisation. C'est pourquoi la question du Kossovo prête à la plus haute réflexion éthique, philosophique, métaphysique, voire eschatologique. En ce sens, nous pouvons dire que si nous autres Serbes avons, tout au moins pour le moment, perdu la bataille du Kossovo en tant que territoire, nous avons gagné et nous continuons de le faire, y compris par notre réunion de ce soir, la bataille du Kossovo en tant qu'espace infini d'âme, de conscience et de vérité. Et nous demeurons ainsi dans la plus haute logique chrétienne, notamment celle du prince Lazare, le martyre du Kossovo, de la primauté du Royaume du ciel sur celui de la terre, de l'esprit sur la force, de l'impérissable sur le périssable, de l'intemporel sur le temporel. Komnen Becirovic, |
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