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Maurice Livernault Texte paru dans la revue B.I. (Balkans-Infos), N° 146, septembre 2009.
L’auteur avait à cœur de prolonger et de conclure son œuvre existante, notamment Le Kossovo dans l’âme et Le Kossovo de l’absolu, consacrée à cette province au destin tragique, inséparable de la Serbie, dont elle fut le berceau à l’époque médiévale, et à laquelle elle fut réintégrée à l’issue de la Première guerre balkanique de 1912, après plusieurs siècles d’occupation et de domination ottomanes. Il a donc été amené, pour composer le présent ouvrage, qui est en fait le troisième volet de sa Trilogie kossovienne, Le Kossovo sur le calvaire, à consulter, lire et commenter la quasi-totalité de la littérature traitant de ce sujet. Ses investigations remontent donc à l’âge d’or de la Serbie au Moyen-âge, pour s’achever sur la situation actuelle, caractérisée par la détestable collusion de l’impérialisme nord-américain suivi de ses vassaux européens, avec les éléments les plus vindicatifs du séparatisme albanais sévissant dans la région, et dont la conséquence essentielle est la dégradation croissante des conditions de vie et de sécurité des populations non-albanaises, à commencer par la communauté serbe.
Le résultat est magistral, aucun chroniqueur, à ce jour et à notre connaissance, ne s’étant penché sur cette douloureuse histoire avec autant d’acuité et de passion. On peut dès lors aisément comprendre comment la population de la péninsule Balkanique d’ethnie arnaoute, bénéficiant de la persécution opérée par la Turquie à l’encontre des Serbes autochtones se substitua progressivement et partiellement à eux, après qu’ils eurent entamé leurs grandes migrations dès la fin du XVIIème siècle. Mais c’est principalement le XIXème siècle qui abonde en témoignages précieux sur la région, provenant surtout de voyageurs et de diplomates européens, dont les récits nous livrent des informations denses et précises sur ce que fut pendant des siècles le calvaire des Serbes kossoviens restés fidèles à la foi orthodoxe et à leur origine slave. Cette attitude requérait abnégation et obstination. Car, au fil du temps, beaucoup de leurs compatriotes succombèrent, souvent par lassitude, à l’islamisation bientôt complétée par l’albanisation. Chaque génération est pourtant parvenue à produire un réservoir de résistance à ces deux impitoyables dangers, lequel transmettait à sa propre descendance les préceptes et les moyens indispensables à sa survivance en milieu irrémédiablement hostile. Ces itinérants, scientifiques, lettrés, plénipotentiaires, Français, Britanniques, Allemands, Russes, sillonnèrent le territoire au cours de plusieurs décennies, et leurs relations et descriptions des situations auxquelles ils furent confrontés à différents époques concordent toutes sur l’arriération des mœurs et la brutalité sanguinaire et clanique des Arnaoutes, à laquelle même l’administration ottomane était parfois exposée. L’auteur nous propose de nombreux et captivants extraits des textes sur lesquels il s’est attentivement penché, et il nous invite à constater, du moins pour la France, le gouffre abyssal séparant les qualités du personnel intellectuel et politique du Second Empire, puis de la Troisième République, de l’indigence affligeante des histrions irresponsables aujourd’hui préposés à des missions dans ces mêmes contrées. A chaque étape cruciale de son rappel historique, l’auteur esquisse un rapprochement frappant entre les événements passés et les péripéties dramatiques qui ont émaillé la dernière décennie du XXème siècle, après que sous la pression et la violence du monstre otanesque la Serbie a été tenue de quitter son ancestrale province et ses ressortissants livrés sans défense aux représailles des séparatistes albanais. Il est par ailleurs important que ce travail, qui fera désormais contrepoids aux tonnes de mensonges et de stupidités qui ont été proférés et écrits sur le sujet, nous éclaire sur la période s’étendant de la fin de la Seconde guerre mondiale aux premières manifestations ouvertes de sécession, qui apparurent peu après la disparition du maréchal Tito. Ce dernier, par un anti-serbisme devenu constitutif, qui remontait à son enrôlement dans l’armée austro-hongroise en 1914 et à l’idéologie du Komintern, s’opposa en 1945 au retour sur leurs terres des Serbes du Kossovo qui avaient fui le joug italo-allemand, ce qui permit aux Albanais du cru, à qui se joindront épisodiquement des Albanais d’Albanie, d’inverser l’équation démographique, alors que sous les royaumes serbe puis yougoslave, de 1912 à 1941, les populations avaient été sensiblement identiques. De plus, les Serbes demeurés sur place ne purent compter sur l’appui et la solidarité de leurs compatriotes imbus de la ligne titiste, qui se retrouvaient, dans une alliance contre-nature, aux côtés de la partie albanaise, tant musulmane que catholique. Concernant la période plus récente, l’auteur a la grande honnêteté de rétablir la vérité sur le rôle tenu à partir de 1987 par Slobodan Milosevic, lorsqu’il eut atteint les sommets de la hiérarchie au sein de la Ligue communiste de Serbie. Il rappelle pertinemment qu’il fut le premier homme politique serbe et yougoslave à se préoccuper du sort de ses compatriotes brimés et battus, dont toutes les plaintes officielles restaient lettre morte, et ne suscitaient de la part des autorités républicaines et fédérales que des réponses ampoulées et évasives qui ne pouvaient que faire le jeu de leurs persécuteurs. Cette mise au point sur cet homme, qui fut toujours régulièrement élu et qui, s’il réduisit l’autonomie exorbitante de la province, le fit avec l’assentiment des autres composantes de la fédération, est tout à l’honneur de l’écrivain qui, en d’autres temps, n’hésita pas à fustiger les aberrations d’un régime dont l’ancien président serbe était issu. Adulé, puis rejeté, livré par ses successeurs immédiats à la vindicte islamo-atlantiste, celle-ci s’acharna sur lui jusqu’à le faire disparaître pour ne pas avoir à l’entendre. Ainsi avons-nous appris ce qu’il en coûte à notre époque de vouloir défendre son peuple et son territoire. Aujourd’hui, dix ans après une attaque massive, sournoise et brutale, dont on ne trouve une équivalence que dans les invasions hitlériennes, alors que paradoxalement, et pour ne parler que de l’Europe, le Royaume-Uni et l’Espagne son encouragés à combattre leurs propres irrédentismes, le Kossovo est devenu une base stratégique nord–américaine, où les populations serbes vivent dans l’angoisse et la précarité. Une cinquantaine de pseudo-nations inscrites à l’ONU et dépendantes des USA l’ont reconnu depuis la déclaration unilatérale d’indépendance de 2008. La France guignolesque est bien évidemment en première ligne de la mascarade, et notre ressentiment, (et c’est un euphémisme dont le lecteur saisira la nécessité), à l’égard des politiciens stipendiés qui l’ont entrainée dans cette sinistre équipée ne s’éteindra qu’avec leur disparition. ***** Komnen Becirovic, Le Kossovo sur le calvaire | |||||
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