La défaite morale de l'Occident au Kossovo
 

Komnen Becirovic

Allocution prononcée par Komnen Becirovic lors du colloque, tenu a la Sorbonne mercredi 17 juin 2009, a l’occasion de la parution de son livre Le Kossovo sur le calvaire aux éditions L’Age d’Homme.
C’est la quatrieme fois, en huit années écoulées, que, grâce a l’extreme obligeance des autorités de la Sorbonne et en particulier d’un de ses plus éminents professeurs, Jean-Paul Bled, la question du Kossovo est traitée, comme il sied parfaitement a ce haut lieu de l’esprit qu’est la Sorbonne, a savoir sous ses multiples aspects, celui de l’histoire, de la religion, de l’art, de la littérature, de la justice et de la morale universelles. Des aspects que l’on peut revetir d’un dénominateur commun, celui de civilisation. Oui, loin d’etre seulement une affaire politique et démographique ou prétendument droit-de-l’hommiste, comme l’ont exclusivement traitée les responsables ou plutôt les irresponsables politiques de l’Ouest depuis pres de vingt ans, l’affaire du Kossovo est éminemment celle de la civilisation. Et justement notre précédent colloque, tenu dans l’amphithéâtre Guizot en mars 2007, proclamait hautement : Kossovo une question de civilisation. Notre réunion de ce soir n’en est que le prolongement en meme temps qu’elle est la commémoration, une de plus tenues ce printemps a travers le monde, du martyre de la Serbie, victime de l’agression de l’Otan, il y a dix ans.
C’est précisément a cause de cette approche outrancierement simpliste et je dirais meme idiote du vaste probleme du Kossovo, en particulier a cause de l’abstraction totale de mille ans de rapports serbo-albanais et leur réduction uniquement a la derniere décennie du XXe siecle ou les Serbes auraient oppressé les Albanais, que les dirigeants occidentaux ont recouru a la plus grande puissance militaire de tous les temps, l’Otan, pour plonger, tout au long du printemps 1999, le Kossovo et la Serbie toute entiere dans le feu et le sang. En effet, il y dix ans la Serbie a cette heure-ci venait de sortir meurtrie de deux mois et demi de bombardements intenses par l’Otan qui ont causé des milliers de morts et de blessés, des destructions de biens matériels immenses, notamment des infrastructures, des usines, des dépôts de carburants, des ponts, des centrales électriques, des stations d’épuration d’eau, des hôpitaux, des trains et des autobus en marche, des édifices abritant des administrations et des médias, voire des parcs nationaux.
Mais a peine, suite aux accords de Kumanovo du 9 juin 1999, stipulant le retrait des forces serbes de la province, l’apocalypse de l’Otan s’était-elle calmée sur la Serbie, que l’ouragan albanais s’abattait sur le Kossovo, en provoquant des nouvelles victimes parmi les Serbes, en forçant 200 000 d’entre eux a l’exode, en incendiant leurs biens ou en s’en emparant, en profanant et en détruisant par dizaines leurs églises et par centaines leurs cimetieres. Tout ce cauchemar se déroulait en présence des troupes de l’Otan qui avaient investi la province et qui étaient censées assurer la sécurité de tous ses habitants, mais qui ne le faisaient point. Et pour cause, puisque les potentats politiques et médiatiques de l’Ouest applaudissaient a la vengeance albanaise, Bernard Kouchner le premier en soutenant que la nature humaine était portée a la vengeance. Excepté naturellement quand il s’agit des Serbes dont les actes de vengeance, voire de la plus légitime défense, que ce soit en Bosnie, en Krajina ou au Kossovo, ont été régulierement qualifiés de crimes les plus épouvantables.
Toujours est-il qu’avec cette guerre de l’Otan contre la Serbie, les Serbes du Kossovo connurent l’ultime étape de leur calvaire multiséculaire que j’ai essayé de retracer sous divers regnes tyranniques, notamment sous le regne féodal turc qui dura un demi-millénaire, sous l’occupation italo-germaine fasciste au cours de la Seconde guerre mondiale, puis sous l’oppression communiste titiste qui s’en suivit pendant un demi-siecle. Il ressort de toutes ces innombrables sources historiques, serbes et étrangeres, que j’ai consultées, qu’il n’y a pas eu sur terre de population plus éprouvée a force d’avoir été soumise a toutes les formes de violence, d’humiliation et d’esclavage de la part du peuple voisin albanais qui s’empara progressivement du Kossovo et de la Métochie a l’ombre de ces régimes tyranniques qui tous le favoriserent. Et c’est précisément sur cette population martyrisée, ainsi que sur l’ensemble de la Serbie qui avait pourtant, par son génie, grandement contribué a la civilisation universelle justement au Kossovo et qui y l’avait défendue en 1389 contre la barbarie turque, que tomba, en 1999, le glaive de nos civilisés désespérément en manque et a la recherche de victime. Qui plus est, et pour comble d’hypocrisie, cette opération inhumaine, que fut la guerre de l’Otan contre la Serbie pour le compte des Albanais, fut présentée comme une action humanitaire, et cette entreprise démoniaque semant impitoyablement la mort et la destruction, pire encore, ensemençant cette partie de l’Europe du mal incurable de l’uranium appauvri, fut baptisée Ange miséricordieux, Merciful Angel! Le Kossovo est sans doute le seul exemple dans l’histoire ou les démocraties ont parachevé et consacré l’ouvre des tyrannies les plus noires !
Des lors, Mesdames et Messieurs, vu l’étendue de la conspiration contre la nation serbe et l’immensité des forces qui se sont dressés contre elle de lui arracher le Kossovo, la question de celui-ci a acquis une dimension universelle, philosophique, métaphysique, eschatologique, autrement dit s’est muée en une interrogation sur l’Homme plus exactement sur le Mal en l’homme. Les personnalités présentes a cette tribune, avec nombre d’entre vous dans la salle, ayant combattu l’abomination depuis des lustres, sont bien placées, et le lieu s’y prete, pour se livrer a cette interrogation, a cette réflexion.
Pour ma part, et je l’ai écrit dans le Prologue de ce livre, je me refuse a croire que les choses doivent rester la, et que le glapissement de l’enfer qui s’est levé de nos jours au sujet du Kossovo, puisse continuer a perdurer. Au contraire, je crois que le génie humain va ajouter de nouvelles pages a l’Epopée du Kossovo qui ne cesse de s’écrire depuis plus de six siecles, que la plus douloureuse des symphonies, la symphonie kossovienne, va jaillir du génie d’un nouveau Beethoven, qu’un nouveau Dante va éclairer l’enfer qui s’est ouvert au sujet du Kossovo dans l’âme de nos humanistes.
Bref, en idéaliste obstiné, je crois que la noblesse, la justice et la vérité sont toujours de ce monde.


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