L’indépendance du Kosovo-Metohija
est injuste, illégale et dangereuse !

par
Patrick Barriot et François-Xavier Sidos

Le Kosovo-Metohija (termes inséparables en langue serbe, Metohija signifiant «terre de l’Eglise») est une province de Serbie peuplée majoritairement de Kosovars d’origine albanaise ou Shiptars qui jouissent d’une tres grande autonomie. Les Serbes veulent toutefois garder leur souveraineté sur cette province qui représente le berceau de leur nation. Elle abrite en effet pres de 1300 monasteres orthodoxes (détruits en grande partie par les Shiptars) et les tombeaux des premiers rois serbes. Depuis la fin des bombardements de l’OTAN, au mois de juin 1999, le Kosovo-Metohija est administré par l’ONU conformément a la résolution 1244 du Conseil de sécurité qui ne remet pas en cause la souveraineté de la Serbie. Malheureusement, les Shiptars, soutenus par une partie de la communauté internationale, ont décidé de proclamer leur indépendance hors du cadre légal de l’ONU.
Cette sécession unilatérale menace bien évidemment les derniers Serbes du Kosovo-Metohija (moins de 100 000 personnes) et leur patrimoine. Lors des pogroms anti-serbes du mois de mars 2004, ni la Mission intérimaire des Nations unies au Kosovo-Metohija (Minuk), ni la Force de l’OTAN au Kosovo-Metohija (Kfor) n’ont été en mesure de protéger la minorité serbe contre les actions terroristes des Shiptars.
Au mois d’octobre 2005, l’ancien président finlandais Martti Ahtisaari a été désigné par l’ONU comme médiateur des négociations entre Serbes et Shiptars sur le futur statut du Kosovo-Metohija. Le plan proposé par Martti Ahtisaari, qui prévoyait une indépendance sous supervision internationale (mission civile de l’Union européenne et troupes de l’OTAN), a été fermement rejeté par la Russie au mois de mars 2007.
Patrick Barriot et François-Xavier SidosLa Mission de la «troika» (Etats-Unis, Russie, Union Européenne) chargée de trouver un compromis entre Serbes et Shiptars sur le futur statut du Kosovo-Metohija, s’est achevée le 7 décembre 2007 sur un échec constaté dans un rapport remis au secrétaire général de l’ONU, monsieur Ban Ki-Moon. Lors du débat qui se tiendra au Conseil de sécurité le 19 décembre prochain sur le futur statut du Kosovo-Metohija, les Etats-Unis et l’Union Européenne demanderont l’application du « plan Ahtisaari » alors que la Russie exigera le respect des résolutions du Conseil de sécurité. Or aucune résolution du Conseil de sécurité ne pourra avaliser l’indépendance du Kosovo-Metohija en raison du veto russe.
La diplomatie russe conteste en effet toute interprétation unilatérale et dévoyée de la résolution 1244. Cette derniere prévoit une «autonomie substantielle» du Kosovo-Metohija au sein de la Serbie et non l’indépendance. Le chef de la diplomatie russe a jugé qu’« une initiative unilatérale » ne tenant pas compte du droit international comporterait beaucoup de risques. La Russie de Vladimir Poutine affirme son opposition a toute solution qui n’aurait pas l’aval de la Serbie. Le ministre russe des affaires étrangeres, Serguei Lavrov, a estimé qu’un reglement du statut du Kosovo-Metohija hors du cadre de l’ONU créerait un précédent «aux conséquences imprévisibles» conduisant l’Europe sur «une pente glissante». Serguei Lavrov a jugé la situation «tres alarmante» et ajouté: «Nous ne pouvons accepter les incantations selon lesquelles il s’agirait d’une situation exceptionnelle et que l’indépendance serait inévitable». Les artisans de l’indépendance du Kosovo-Metohija ne cessent en effet de répéter que le Kosovo-Metohija ne constituera pas un précédent car il s’agit d’une situation tres particuliere qui n’a rien a voir avec le Pays basque espagnol, l’île de Chypre, la Corse, l’Abkhazie ou la Transnistrie. Or la situation dans ces régions differe peut-etre au plan touristique mais certainement pas au plan du droit international.

Le tour de passe-passe diplomatique des Occidentaux
Le scénario mis au point entre Américains et Européens pour soutenir l’indépendance des Shiptars prévoit que l’Union européenne (UE) enverra début 2008 au Kosovo-Metohija une mission civile au titre de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Cette mission PESD, composée de 1 800 policiers et juristes chargés d’épauler le nouvel Etat indépendant, remplacera progressivement la Minuk. Le déploiement de la mission PESD ne relevera donc pas d’une décision de L’ONU mais les planificateurs de ce scénario comptent sur la « passivité constructive » du secrétaire général de l’ONU qui prendra acte de la décision européenne. La tutelle exercée par l’ONU sur le Kosovo-Metohija cedera alors la place a un Etat indépendant appuyé par une mission civile de l’UE. Soulignons que l’une des toutes premieres décisions des Vingt-Sept, peu apres la cérémonie de signature du traité de Lisbonne, concernait cette mission PESD. Par ailleurs, l’Alliance atlantique a annoncé le 7 décembre dernier qu’elle allait maintenir au Kosovo-Metohija les 16 500 hommes de la Kfor. Les ministres de l’OTAN ont estimé que l’Alliance pourra maintenir sa présence sans qu’il soit besoin d’une nouvelle résolution des Nations unies!

Les Etats-Unis ont affiché leur intention de reconnaître l’indépendance aussitôt qu’elle sera déclarée par Pristina. L’indépendance sera ensuite reconnue par 22 pays de l’UE sur 27. Il existe en effet des dissensions au sein de l’Europe, Chypre, l’Espagne, la Grece, la Roumanie et la Slovaquie exprimant de sérieuses réserves. Le ministre des affaires étrangeres de Chypre a rappelé son opposition a l’indépendance du Kosovo hors du cadre de l’ONU: «Notre position reste la meme: nous soutenons un reglement négocié, nous respectons la légalité internationale, nous respectons les résolutions du Conseil de sécurité». Le sud de l’île de Chypre craint bien évidemment qu’une déclaration d’indépendance du Kosovo ne soit utilisée comme un précédent par la République turque de Chypre du Nord. Le ministre espagnol, Miguel Angel Moratinos, a déclaré quant a lui: «Jamais, dans l’Histoire, une déclaration d’indépendance unilatérale n’a été positive». Les pays européens qui refusent de reconnaître un Kosovo indépendant sans le feu vert explicite de l’ONU ont cependant consenti a ne pas bloquer politiquement le déploiement de la mission PESD. Javier Solana, le haut représentant de l’UE pour la politique étrangere, l’homme qui fit bombarder la Serbie, compte sur l’« abstention constructive» des Etats membres les plus réticents afin d’offrir l’indépendance aux Shiptars.

Une ingérence inacceptable dans les élections serbes
Hashim Thaci, ex-chef politique de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) et Premier ministre shiptar, a promis, apres sa victoire aux élections législatives du 17 novembre 2007, que le nouveau Parlement proclamerait l’indépendance «juste apres le 10 décembre 2007». Mais la communauté internationale prévoit que cette proclamation déclenchera une poussée de patriotisme en Serbie. Or les deux tours des élections présidentielles serbes doivent se tenir le 20 janvier et le 3 février 2008. Les Etats-Unis et les Européens ont donc obtenu un accord de principe du nouveau premier ministre shiptar afin que l’indépendance ne soit proclamée qu’a l’issue du deuxieme tour des élections présidentielles serbes. L’objectif des Occidentaux est de favoriser dans ces élections la coalition «démocratique» pro-occidentale, incarnée par l’actuel président Boris Tadic, et d’amoindrir les chances du mouvement patriotique (qualifié bien entendu d’«ultranationaliste»), représenté par le Parti Radical de Tomislav Nikolic. Rappelons que le Dr. Vojislav Seselj, président du Parti Radical, a été éliminé de la vie politique serbe par le Tribunal pénal international de La Haye qui l’a inculpé uniquement pour avoir tenu durant la guerre des propos patriotiques qualifiés de «discours de haine». Si l’on suit cette logique, tout Français chantant La Marseillaise en période de conflit armé ou lors d’opérations de maintien de l’ordre pourrait etre poursuivi pour propos haineux ! L’indépendance du Kosovo-Metohija sera donc probablement proclamée apres les élections présidentielles serbes. Le Commissaire européen a l’Elargissement, Olli Rehn, a déclaré le jeudi 13 décembre 2007 que l’Union européenne prendra sa décision sur le statut final de la province serbe du Kosovo au début du printemps (mars 2008).

La manne financiere de l’Union Européenne
La marge de manouvre du nouveau gouvernement shiptar est cependant étroite. Pour les Shiptars, la proclamation d’indépendance équivaut a un drapeau, a un hymne national, a un siege indépendant a l’ONU mais surtout a la manne financiere de l’Union Européenne. Les promesses des administrateurs de l’ONU qui se sont succédés a Pristina depuis 1999, en particulier celles de Bernard Kouchner, les ont confortés dans l’idée que l’accession a l’indépendance était synonyme de solution a tous leurs problemes, en particulier économiques. Il faut savoir que depuis la mise en place de l’administration de l’ONU, les clans mafieux proliferent a Pristina et détournent l’aide internationale. Les Premiers ministres qui se sont succédés avec le soutien de la communauté internationale (Ramush Haradinaj, Agim Ceku, Hashim Thaci) sont tous des anciens membres de l’organisation terroriste UCK et des criminels de guerre. La corruption gangrene la classe politique au pouvoir et le trafic d’etres humains, de drogue et d’armes n’a jamais été aussi développé au Kosovo-Metohija.

Les futurs crédits de l’Union européenne sont donc convoités et attendus avec impatience par ces prédateurs. Des manifestations sont organisées a Pristina pour exiger « l’indépendance immédiate ». Hashim Thaci lui-meme pourrait etre débordé par des mouvements radicalisés tel que celui d’Albin Kurti, leader indépendantiste du mouvement « autodétermination ». En l’absence d’indépendance rapide, les Shiptars menacent de se soulever et de nouveaux progroms antiserbes, identiques a ceux de mars 2004, pourraient se produire.

La réaction serbe
Des la proclamation de l’indépendance, les autorités serbes menacent de suspendre leurs relations diplomatiques avec les pays ayant reconnu le nouvel Etat indépendant et de rappeler leurs ambassadeurs. La Serbie pourrait fermer ses frontieres avec le Kosovo-Metohija et décréter un blocus économique, voire couper l’approvisionnement en eau et en électricité de la province. Les populations serbes des enclaves n’auront pas d’autre choix que la valise ou le cercueil et des couloirs d’évacuation seront probablement organisés. Le nord du Kosovo, a majorité serbe, fera certainement sécession a son tour pour se rattacher a la Serbie. Les Serbes mobilisés se masseront a Mitrovica, au nord de la riviere Ibar et des violences sont a redouter sur le pont de Mitrovica.

Une déstabilisation des Balkans
L’indépendance du Kosovo-Metojiha viole les principes fondamentaux du droit international et de l’organisation de l’Europe en modifiant brutalement le tracé des frontieres. De nouveaux affrontements violents sont a redouter dans les Balkans car une grande Albanie se dessine qui s’étendra inexorablement au nord vers la vallée de Presevo, a l’est vers la partie occidentale de la Macédoine et a l’ouest vers le Sandjak de Novi Pazar. L’indépendance du Kosovo-Metohija aura également des conséquences en Bosnie car les Serbes de la Républika Srpska auront de solides raisons de réclamer a leur tour l’indépendance face aux menaces qui pesent sur leur entité. Les Serbes de Bosnie constatent en effet que la communauté internationale, qui manipule la résolution 1244 pour livrer le Kosovo-Metohija aux Shiptars, manipule de la meme façon les accords de Dayton pour dissoudre progressivement la Republika Srpska dans une Bosnie unitaire a majorité musulmane. La boîte de Pandore pourrait donc s’ouvrir avec l’indépendance du Kosovo-Metohija et répandre la violence dans les Balkans.

Et la France dans tout cela?
La France prendra la présidence de l’UE au second semestre 2008 et ce sont des généraux français qui devront mettre en ouvre au Kosovo-Metohija, dans le cadre de la Kfor, le «plan Ahtisaari». La France sera donc chargée en 2008 de faire appliquer une mesure injuste, illégale et dangereuse a l’encontre d’un vieil Etat européen souverain, allié historique de la France dans tous les combats pour la liberté. Qui pourra nous dire au nom de quel intéret supérieur de la France nos dirigeants s’engagent dans un processus hasardeux et dangereux qui ouvre les portes de l’Europe aux mafias albanaises, au nom de quel intéret supérieur de la France nous nous opposons ainsi a la Russie pour nous aligner sur la position suicidaire d’un président américain discrédité et déja jeté dans les poubelles de l’histoire, au nom de quel intéret supérieur de la France nous trahissons nos alliances et renions notre Histoire?

L’Action Française 2000, n° 2738 du 20 décembre 2007 au 2 janvier 2008
http://www.xn--actionfranaise-pjb.net/
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