Hommage au général Gallois

Allocution prononcée par Komnen Becirovic, jeudi le 21 juin 2007, devant un groupe d'amis réunis dans la résidence du général Pierre-Marie Gallois, à la veille de son 96 - ieme anniversaire, le 29 juin.

 

 

Chers Amis,

Komnen Becirovic avec Pierre-Marie Gallois, le 21 juin 2007.

Il existe une vieille croyance serbe d'après laquelle ce magnifique oiseau qu'est l'aigle - qui depuis les temps anciens symbolise la puissance, la noblesse et la grandeur - résiste le plus longtemps possible au sort des créatures mortelles, parce que sa jeunesse se renouvellerait avec les années, parce qu'il rajeunirait avec l'âge. Combien cette croyance est vraie dans le monde des humains qui , par leurs actions nobles et courageuses, par leur grandeur d'âme, par la hauteur de leur esprit, sont à l'image de cet oiseau superbe, prouve bien notre vénérable hôte dont le 96 ième anniversaire nous réunit autour de lui ce soir.

En effet, il porte avec aisance, avec sérénité son grand âge, il continue d'être dans une excellente forme, si bien que, à la suite de deux opérations de cataracte qu'il a subies l'hiver passé, nous qui le connaissons depuis de longues années, nous le voyons pour la première fois se produire, lire et écrire sans lunettes. En octobre 2006, il donné à l'Ecole militaire - où il avait commencé à enseigner un demi-siècle plus tôt, en 1946 - une longue conférence devant une assistance d'officiers de l'état-major éblouie. Ensuite, entre trois opérations, la troisième étant celle d'une hernie, des épreuves qu'il a supportées en vieux soldat, il a préfacé deux ouvrages importants, accordé plusieurs interviews, rédigé nombre de messages dont celui pour notre soirée kossovienne à la Sorbonne, participé à des réunions, ne cessant de suivre attentivement les événements du monde. C'est lui qui, par exemple, m'a appris avec indignation qu'Hubert Vedrine venait de lancer avec Madeleine Albright, Joshka Fischer et consorts, un appel pour un Kosovo albanais indépendant dans l'International Herald Tribune du 15 de ce mois. Le jour précédent, il avait signé, durant trois heures d'affilée, dans l'espace relativement restreint, rempli du public et étouffant de chaleur de la librairie de L'Age d'Homme, ses ouvrages, sans avoir ôté sa veste, sans être sorti une seule fois pour prendre d'air, comme le faisait la plupart d'entre nous, et alternant ses dédicaces avec de bonnes histoires qu'il nous racontait debout.

C'est que, tel le roi de l'azur qui dans de hautes altitudes puise sa durée, notre auguste hôte puise la sienne dans l'humanité, dans la vérité et la justice qu'il porte en lui, qui nourrissent sa réflexion sur le déroulement de l'Histoire et déterminent ses engagements. Quelle meilleure preuve de cette humanité et de cette noblesse qui sont les siennes, que sa persévérance, malgré l'ostracisme dont il est frappé par la classe médiatico-politique, dans la défense, depuis plus de trois lustres, de deux peuples martyrs, serbe et irakien, victimes d'une politique machiavélique et, pour tout dire, maudite et criminelle!

Je pourrais y ajouter sa défense systématique de la Russie en butte permanente à la cupidité qu'éveille ses richesses, aux rancunes héritées de l'époque de la guerre froide, enfin aux ambitions de l'hégémonie mondiale de la part des Etats-Unis et de l'Ouest en général moyennant cet anachronisme monstrueux qu'est l'Otan! Il nous avait dit un jour ici même, à nous ses invités serbes et russes, au moment où la Russie avec Eltsine poursuivait sa descente aux enfers: «Si je pouvais voir le redressement de la Russie, je m'endormirais en paix au sein du Seigneur». Eh, bien voilà que ce redressement est en train de se produire pour le plus grand bien de l'avenir du monde! Là aussi, comme ailleurs, notre prestigieux hôte s'est montré bon prophète.

Nous connaissons également la dénonciation sans ambages faite par notre illustre hôte de la grande conspiration contre l'histoire des nations européennes, contre leur identité et, somme toute, contre leur existence, que représente l'Europe étasunienne bruxelloise. Ainsi apparaît-il, vu son âge et l'ampleur de son engagement, comme le patriarche des causes justes aujourd'hui en Occident. Je n'en vois pas d'autre! En fait, Pierre-Marie Gallois est un véritable personnage de La Légende des siècles , et il ne lui manque que son Victor Hugo!

Outre par ses idées, par l'enseignement qu'il nous livre à travers ses ouvrages, ses articles, ses interventions et des entretiens que nous avons avec lui, il constitue pour nous un haut exemple de fidélité et d'inflexibilité, d'endurance et de constance, d'humanité et de générosité. Que de fois, et je ne suis pas le seul, au cours des années noires où le mal du monde faisait rage contre nous, je me suis dit, à des moments où le désespoir me gagnait, où la fatigue m'envahissait, que je n'avais pas le droit de faiblir ni fléchir, puisque, à son grand âge, il ne faiblit ni ne fléchit! Que de fois, aussi, je me suis senti, lors de lumineuses conversations avec lui, encouragé, rasséréné, revigoré y compris dans ma foi en la France lorsque cette foi fut mise à l'épreuve par le fourvoiement de la France actuelle contre les Serbes. Et là encore, je suis loin d'être le seul parmi nous, parmi la multitude des personnes qui lui vouent respect et admiration.

C'est vous dire, mon Général, ma gratitude, notre gratitude commune pour tout ce que vous faîtes et représentez pour nous, pour la grande mission que vous accomplissez et à laquelle nous avons le privilège d'être associés!

Puisse la Providence prolonger encore longtemps vos jours afin que vous continuiez de nous gratifier de votre présence, de jouer le rôle de sage et d'homme de conscience que vous êtes, d'exercer votre rayonnement moral, intellectuel et spirituel dans un monde qui en a bien besoin!