|
|
Général
Pierre-Marie
Gallois
|
Mesdames
et Messieurs, chers amis,Le fait que vous soyez venus aussi
nombreux ce soir, est la meilleure preuve, s’il en fallait une,
du respect, de l’affection et de l’admiration dont fait l’objet
la personne du général Gallois de la part de nous tous. Et avec
la présence de Paul-Marie de la Gorce, l’un des premiers à dénoncer,
dans un mémorable article paru dans le Monde diplomatique en été 1992, la myopie
de la communauté internationale face à la crise yougoslave, une
myopie qui, hélas, depuis a dégénéré en cécité; avec la présence
de Marie-France Garaud qui, pour témoigner de sa solidarité avec
le peuple serbe lors de la guerre de l’OTAN contre celui-ci, n’hésita
pas à se rendre à Belgrade bombardée; avec la présence d’Alexandre
del Valle qui, avec autant d’ardeur que de preuves, dévoile le
danger du nouveau fléau qui menace l’humanité, la collusion entre
le mondialisme et l’islamisme; avec la présence de Paul-Marie
Couteaux, qui ne manque pas une seule occasion de fustiger ce
nouveau mal totalitaire; enfin, avec la présence de Louis Dalmas
qui, chaque mois depuis plus de quatre ans, accomplit un véritable
exploit en faisant paraître « Balkans Infos », c’est la France
fidèle, ou tout au moins son noyau, qui est au rendez-vous ici
ce soir autour du général Gallois.
Naturellement, j’ai d’abord rencontré
le général Gallois en tant qu’auteur. Pour reconnaître de bons
auteurs, il n’est pas nécessaire de lire d’entiers volumes, mais
seulement quelques passages ou un article. Ce fut mon cas lorsqu’un
jour de début de septembre 1992, dans le train me ramenant de
Lausanne à Paris, j’ai lu un article du Figaro
intitulé « L’Abdication de la France », signé
par le général Gallois Il y démontrait le caractère de cette abdication,
précisément sur le cas de la dislocation de la Yougoslavie par
la volonté allemande et de l’abandon des Serbes par la France.
On était la veille du référendum sur Maastricht. L’article tranchait
singulièrement sur une multitude de textes anti-serbes dont les
journaux ont été remplis alors, comme ils n’ont cessé de l’être
depuis. J’en fis part à Paul‑Marie de la Gorce, à l’époque
directeur de la revue « Défense
nationale », qui me suggéra d’appeler le général Gallois,
ce que du reste je me proposais à faire.
Lorsque je lui téléphonai pour le
féliciter et pour voir ce qu’on pourrait faire ensemble, le général
me répondit d’une voix chaleureuse: «Mais, je ne demande pas mieux
que de vous aider! Venez me voir.» Depuis, le général Gallois
a développé à travers des livres, des articles, des interventions
et même des voyages en Serbie et en Bosnie serbe, une activité
formidable, en consacrant toute son énergie, tout son talent d’écrivain,
tout son temps à la défense du peuple serbe, sans oublier l’autre
peuple martyr de la planète, le peuple irakien. Le général Gallois
aura été vraiment au cours de toutes ces années douloureuses,
non seulement l’âme de cette France fidèle à la Serbie, dont j’ai
parlé tout à l’heure, mais d’une France à vocation universelle.
En effet, nombre de personnalités étrangères, en particulier en
provenance des Balkans, de la Russie et du Moyen-Orient, des intellectuels,
des journalistes, des auteurs, des ministres, des chefs de partis,
sont venus consulter sur les affaires du monde l’éminent géopolitologue
qu’est Pierre-Marie Gallois. Sa maison s’est transformée en un
foyer de résistance de l’esprit au mal qui gagne le monde. Et
je ne risque point d’exagérer, mais au contraire d’exprimer un
fait, si je dis que le général Gallois est aujourd’hui, en Occident,
le patriarche de la juste cause du peuple serbe, et de celle d’autres
peuples persécutés.
Vous savez tous dans quelles conditions
difficiles, le général Gallois a accompli et continue d’accomplir
ce travail prodigieux. Cela non pas tant à cause de son grand
âge et de sa santé délicate – c’est la dernière de ses préoccupations
– mais à cause de l’ostracisme dont il est victime. Ainsi, le
général Gallois, père de la doctrine française de la dissuasion,
l’homme qui a hissé la France au rang des puissances nucléaires
de la planète, l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages géopolitiques
et historiques, dont certains ont fait date, n’a pu, durant toutes
ces années, du fait de son engagement en faveur du peuple serbe,
s’exprimer dans les médias français. L’article du Figaro,
évoqué tout à l’heure, n’était que l’une des rarissimes exceptions.
C’est que le général Gallois disait la vérité dans une France
et dans un Occident plongés dans le mensonge imposé par une toute
puissante cabbale médiatico-politique.
Et voici, pour l’illustrer, deux
exemples, l’un lointain et l’autre plus récent. Tout le monde
sait aujourd’hui que le massacre du marché de Markale, à Sarajevo,
le 5 février 1994, attribué aux Serbes, n’était et ne pouvait
être le fait des Serbes, mais des musulmans bosniaques. De hauts
représentants civils et militaires de l’ONU, alors en poste en
Bosnie, comme le général Michael Rose et lord David Owen, l’ont
depuis confirmé dans leurs mémoires. Or, seulement quelques jours
après que l’événement a eu lieu, le général Gallois en avait fait
une analyse du point de vue militaire sous forme d’un article
au titre éloquent: «Un nouveau procédé de guerre: tirer sur les
siens», qu’il proposa aux journaux Le Monde et Libération, mais qui en refusèrent la
publication. C’est le quotidien bruxellois La Libre Belgique qui le fit paraître, de
même que d’autres textes du général Gallois, refusés par les journaux
français, parurent dans les journaux serbes, russes, bulgares
ou suisses et italiens.
Certes, nul n’est prophète en son
pays, surtout lorsque dans le pays sévissent de faux prophètes
et de petits maîtres, comme c’est malheureusement le cas durant
cette dernière décennie en France. Et c’est un véritable scandale
que de voir le moindre des BHL, des Finkielkraut et des Paul Garde,
avoir uniquement droit au chapitre alors que le général Gallois
en est exclu.
Mais voici le deuxième exemple:
lors d’un colloque sur les Balkans tenu au Sénat en novembre dernier,
le général Gallois improvisa brillamment un exposé sur l’inexistence
d’une politique française et européenne relative à l’agression
de l’OTAN contre les Serbes, mettant l’accent sur la prédominance
des États-Unis dans le monde et de l’Allemagne en Europe. À peine
le général avait-il terminé, qu’une dame se trouvant à mes côtés,
qui n’avait cessé d’exprimer son approbation, se leva et s’empara
du micro en disant en toute innocence: «Mais pourquoi, Monsieur
Gallois, ne dîtes-vous pas toutes ces choses à la radio et à la
télévision?» En levant les bras au ciel, le général s’exclama:
«Ah, ma pauvre dame!» en même temps que toute la salle éclata
de rire. Apparemment cette brave femme était la seule, parmi plus
de cent personnes qui s’y trouvaient, à ignorer que le général
Gallois n’avait pas accès aux médias. L’unique tribune où il a
pu régulièrement s’exprimer, c’est la station privée Radio
Courtoisie, écoutée par quelques centaines de milliers d’auditeurs.
Toujours est-il que la disgrâce
du général Gallois était devenue telle qu’il n’aurait pu, sans
doute, publier ses derniers ouvrages, comme Le
Soleil d’Allah aveugle l’Occident, Le Sang du pétrole, La France
sort‑elle de l’Histoire? puis le superbe volume de ses
mémoires Le Sablier du siècle, si par bonheur,
notre ami Vladimir Dimitrijevic, bravant le conformisme et la
pensée unique, ne les avait pas édités à L’Age d’Homme. Je dis,
par bonheur, car vous savez tous, à force de les avoir lus, combien
ces livres du général sont documentés, véridiques et éclairants.
Et quant au Sablier du siècle, dont le seul titre
vaut des volumes entiers d’un autre, c’est toute une épopée, celle
d’un homme de bien, d’un homme supérieur, d’un homme de conscience
et de vérité, qu’est Pierre-Marie Gallois.
Puisse, mon général, ce modeste,
mais ô combien sincère hommage, que nous vous rendons ce soir,
réparer un peu cette grande injustice dont vous faites l’objet
depuis bientôt deux lustres. Surtout, recevez-le comme l’expression
de notre gratitude d’avoir été avec nous autres, Serbes, tout
ce temps durant lequel un véritable enfer a fait rage contre nous.
Avec votre humanité, avec votre élévation morale, avec vos vastes
connaissances, vous nous avez aidés à persévérer, à tenir bon
sous tant d’outrages dont nous étions couverts, avant d’être écrasés
sous les bombes. Vous, avec les autres personnalités françaises
ici présentes, vous rachetez cet opprobre, cette abomination.
Car, en étant demeuré fidèle à la Serbie, vous êtes resté fidèle
à la France elle-même, à la France de toujours.
Et pour l’illustrer, je vous dirai
encore ceci: en rédigeant mon livre sur le Kossovo, je viens de
passer de longs mois en compagnie d’éminents historiens, écrivains,
poètes, explorateurs, hommes politiques et hommes de guerre français,
ayant écrit sur les Serbes depuis près de deux siècles. Je ne
mentionnerai que quelques-uns, en commençant par l’un des plus
prestigieux d’entre eux, Alphonse de Lamartine qui, dans son Voyage en Orient en 1835, consacra des
pages admirables à une Serbie en train de se libérer de l’oppression
séculaire turque; Frédéric Eichhoff qui, dans son Tableau de la littérature européenne,
en parlant précisément des chants inspirés par la bataille de
Kossovo, magnifia le peuple serbe, «généreux
et héroïque, martyr de la foi de ses pères»; Adolphe d’Avril,
l’un des meilleurs connaisseurs du monde slave de son époque qui,
en 1868, traduisit magnifiquement L’Épopée
du Kossovo; Victor Hugo qui, en 1876, lança son célèbre appel Pour la Serbie; André Chéradame
qui, au lendemain des guerres balkaniques, en 1913, posait la
question du Kossovo telle que la pose tous les hommes justes aujourd’hui:
faut-il récompenser les Albanais en leur donnant
le Kossovo, pour avoir massacré et opprimé les Serbes de cette
province durant des siècles?; Ernest Denis qui, en 1915, dans
son célèbre ouvrage La Grande Serbie, compara le sacrifice
du prince Lazare au Kossovo à celui du Fils de l’homme au Golgotha;
Édouard Schuré qui, dans un fulgurant essai, paru en 1917, traita
du salut et de l’immortalité de l’âme à travers les poèmes du
cycle kossovien; Gabriel Millet qui par ses travaux, notamment
par son célèbre ouvrage L’Ancien art serbe, édité en 1919, aida à l’émergence de cet art
de la nuit séculaire ottomane ; Franz Funck-Brentano qui,
en 1924, retraduisit l’épopée serbe, en déclarant que le peuple
serbe demeurait grand jusque dans la défaite; Charles Diehl qui,
après une visite des monastères serbes à la fin des années vingt,
évoqua dans un grand essai, paru en 1930, la Serbie d’autrefois
en saluant la Serbie ressuscitée; Franchet d’Esperey, maréchal
de France et voïvode de l’armée serbe qui, en 1934, rendit un
émouvant hommage au roi Alexandre, son compagnon
d’armes du front d’Orient.
Je m’arrête ici de puiser dans le
trésor de ces noms, afin de ne pas empiéter sur le temps des autres
orateurs, mais je n’ai trouvé dans les écrits de ces auteurs et
de bien d’autres non seulement rien de négatif, mais bien au contraire,
des paroles élogieuses et nobles envers les Serbes.
Eh bien, avec tout ce que vous avez
dit et écrit à notre sujet depuis près de dix ans, mon général,
vous n’avez fait que prolonger la voix de ces hommes illustres,
en perpétuant ainsi à notre époque, la voix de la France éternelle.
C’est vous dire combien vous pouvez
en être fier, et combien nous sommes fiers de vous, notre général!
Komnen Becirovic
Allocution prononcée lors de la
soirée consacrée au général Pierre-Marie Gallois le 20 avril 2000,
au Centre culturel yougoslave à Paris.
|