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L'ACTION
FRANÇAISE 2000. – Six ans après l’agression de l’O.T.A.N., la
Serbie est-elle sur le chemin du redressement politique et économique?
Comment évoluent le chômage, le niveau de vie?
KOMNEN BECIROVIC. – Malheureusement la réponse à ces questions
est loin d’être positive. D’abord les sanctions économiques dont
la Serbie a été victime durant les années 90, puis une masse d’environ
huit cent mille réfugiés en provenance de Croatie, de Bosnie et
de Kosovo que la Serbie a dû accueillir pendant la même période,
enfin la guerre aérienne de l’O.T.A.N. contre la Serbie tout au
long du printemps 1999, toutes ces épreuves ont fait profondément
régresser le pays.
Certes, ce n’est pas le Moyen Âge ni l’âge de pierre dont nous
avait menacés certains responsables et les chantres de l’O.T.A.N,
comme Jamie Shea et Thomas Friedmann, durant l’intervention, mais
de nombreuses infrastructures, en particulier des usines, des
ponts, des habitations, des monuments historiques détruits par
l’O.T.A.N. ou par ses alliés albanais, restent à reconstruire.
Cependant, c’est dans le domaine de l’écologie que la situation
semble la plus préoccupante du fait de la pollution de l’environnement
par l’utilisation des bombes à l’uranium appauvri: la mortalité
due au cancer, en particulier dans la province du Kosovo où l’aviation
de l’O.T.A.N. a déversé le plus de bombes, est d’année en année
en forte augmentation.
Naturellement dans ces conditions, on ne peut parler d’un redressement
politique et économique mais du contraire, le régime fantoche
de Zoran Djindjic, installé par les Occidentaux au lendemain du
renversement de Milosevic en 2000, ayant favorisé le bradage et
le pillage du pays, les privatisations sauvages, l’enrichissement
d’une minorité et l’appauvrissement de la majorité comme, d’ailleurs,
dans la plupart des pays ex-socialistes.
A.F. 2000. – Le Fonds monétaire international apporte-t-il son
aide à la Serbie, a-t-il posé des conditions, et lesquelles?
K.B. – Il n’y a aucune aide de la part de F.M.I., hormis l’assistance
sous forme de crédits le plus souvent pour remplir des lacunes
dans le budget. Il s’agit de sommes modestes de quelques
dizaines de millions de dollars que la Serbie s’efforce de rembourser
tant bien que mal avec les intérêts, bien entendu. Quant à l’aide
américaine, qui est du même ordre, elle est conditionnée par la
collaboration de la Serbie avec le Tribunal pénal international
de La Haye. Le seul élément positif jusqu’à présent aura été l’annulation
d’environ 65 %, par les pays constituant le Club de Paris, de
la dette serbe qui s’élevait à six milliards de dollars. Ceci
dit, la Serbie ploie sous une dette de
quatorze milliards de dollars, héritée pour la plupart
de l’ex-Yougoslavie.
Les anciens communistes
A.F. 2000. – Les anciens communistes sont-ils toujours présents
dans la vie politique et l’administration?
K.B. – Pas tant en Serbie qu’au Monténégro où les anciens communistes,
le président Milo Djukanovic en tête, reconvertis en démocrates
et en capitalistes, demeurent toujours au pouvoir quinze ans après
l’écroulement du communisme. Mais ils ont su à temps gagner les
faveurs de l’Ouest, en particulier des États-Unis, en se tournant
notamment contre Milosevic devenu la bête noire des Occidentaux,
après avoir été leur interlocuteur privilégié et un homme de paix.
J’ai pu me rendre compte, en faisant de longs séjours au Monténégro,
que les médias contrôlés par l’État y sont réservés aux dirigeants,
comme aux plus beaux jours du communisme. Si bien qu’il peut se
produire un événement mondial, voire cosmique, la première nouvelle
du journal télévisé sera, néanmoins, ce que ce jour-là a fait
ou déclaré tel ou tel dignitaire du régime...
Élan national
A.F. 2000. – Le procès de Slobodan Milosevic et d’autres responsables
serbes se poursuit à La Haye. Comment réagit l’opinion serbe?
K.B. – La déprime provoquée par tant d’épreuves qu’a traversées
le peuple serbe depuis quinze ans, les fautes commises par Milosevic
lui-même dans la conduite des affaires, ainsi que le souci de
survivre dans une situation économique morose, font d’une part
que les Serbes sont un peu las. D’autre part, par la mainmise
sur les médias des magnats de presse allemands et du milliardaire
George Soros, l’opinion se trouve dans une certaine mesure conditionnée
pour pouvoir en toute liberté et objectivité suivre le procès
de Milosevic et d’autres responsables serbes.
Néanmoins chaque mise en difficulté de ses juges par Milosevic,
chaque démonstration de la vérité par l’accusé, chaque empêtrement
dans le mensonge de la partie adverse, sont accueillis avec sympathie
par la majorité des Serbes dont l’élan national, malgré toutes
les épreuves vécues, ne semble pas avoir été brisé.
La présence au Parlement de Serbie, composé de deux cent cinquante
membres, de quatre-vingt-deux députés du Parti radical serbe d’orientation
nationale dont le président Vojislav Seselj se trouve dans la
prison de La Haye, en est la preuve. Y siègent aussi une cinquantaine
de députés animés du même esprit, quoique plus modérés, du Parti
démocratique serbe de Vojislav Kostunica, actuel Premier ministre,
un homme intègre, ainsi qu’une vingtaine du Parti socialiste de
Slobodan Milosevic lui-même. Cependant, le facteur le plus important
de la cohésion nationale en ces temps difficiles, un peu comme
à l’époque de l’occupation turque, demeure l’Église orthodoxe
serbe.
Aberration antiserbe
A.F. 2000. – Où en sont les relations de la Serbie avec l’Union
européenne, avec l’OTAN?
K.B. – Elles sont de caractère colonial dans la mesure où rien
d’important ne peut être décidé en Serbie-Monténégro, sans l’accord,
l’approbation ou la permission de Bruxelles.
Prenons, par exemple, la situation dans la province du Kosovo
où, six ans après l’agression de l’O.T.A.N., la situation est
catastrophique : 250 000 réfugiés serbes chassés par les Albanais
sous l’égide de l’O.T.A.N., n’ont pas encore regagné leur foyers,
alors qu’environ 100 000 Serbes qui y sont restés, vivent dans
des enclaves, véritables ghettos, soumis à la terreur albanaise,
malgré la présence des troupes de la KFOR. Cette terreur a culminé
en mars 2004 avec des pogroms sur la population serbe, se soldant
par des dizaines de morts, par des milliers de sans abri, du fait
de la destruction de leurs maisons en même temps que de leurs
lieux de culte, des églises dont certaines, comme Notre-Dame de
Prizren du début de XIVe siècle, appartiennent au patrimoine de
l’humanité.
Toutes les supplications de Belgrade pour remédier à cette état
des choses se sont heurtées à l’incompréhension ou au refus pur
et simple de l’O.T.A.N. et de l’Union européenne au point que,
lors des pogroms que je viens d’évoquer, les forces serbes n’eurent
pas la permission d’entrer au Kosovo pour y protéger la population
serbe, les forces de l’O.T.A.N. n’étant pas en mesure ou ne voulant
pas le faire.
Pensez que c’est seulement en février dernier, soit six ans après
la mise du Kosovo sous l’administration de l’O.N.U., que le président
de la Serbie, Boris Tadic, a eu l’autorisation de s’y rendre,
alors que le Kosovo, d’après la résolution du Conseil de sécurité
1244, consécutive à l’agression de l’O.T.A.N,,
fait partie intégrante de la Serbie!
On avait même réussi, à la suite des élections d’octobre dernier
qui s’étaient déroulées sans les Serbes, à nommer comme Premier
ministre du Kosovo, un criminel de guerre notoire, Ramus Haradinaj,
ancien commandant de l’U.C.K., personnellement responsable d’une
centaine de meurtres de Serbes et d’Albanais ayant coopéré avec
les Serbes, durant la période qui a précédé l’intervention de
l’O.T.A.N. Le scandale a pris, cependant, de telles proportions
que les instances de l’Union européenne et de l’O.T.A.N, viennent
de lâcher Haradinaj et de le faire inculper par le Tribunal de
La Haye.
Cela, de même que la visite de M. Tadic au Kosovo, constitue peut-être
un premier signe que la fameuse communauté internationale commence
enfin à prendre conscience de son aberration antiserbe dans laquelle
elle s’est enfermée depuis de longues années. D’autre part, avec
cette inculpation et celle des quelques généraux islamo-bosniaques,
renaît l’espoir que le Tribunal de La Haye cessera d’être ce qu’il
a été pendant des années : une inquisition, mise en place du temps
de la toute puissance de Mme Albright, pour juger presque exclusivement
les responsables civils et militaires serbes.
Totalitarisme
mondialiste
A.F. 2000. – La Serbie peut-elle toujours compter sur le soutien
de la Russie?
B.C. – Cela dépend du redressement de la Russie que les États-Unis,
avec leurs complices de l’Union européenne, veulent à tout prix
empêcher, comme on l’a vu avec les événements de l’Ukraine à la
fin de l’année dernière, lorsque les théories des idéologues,
comme Zbigniew Brzezinski, de la domination américaine sur le
monde, semblent avoir triomphé. Cependant, pour éviter ce nouveau
totalitarisme, la Russie constitue un espoir non seulement pour
la Serbie, mais pour l’humanité tout entière.
En ce début du XXIe siècle, les rôles des États-Unis et de la
Russie se trouvent inversés: autant l’Amérique au cours du siècle
précédent a constitué le barrage au totalitarisme marxiste dont
la forteresse était l’Union soviétique, autant actuellement la
Russie devrait se dresser en obstacle au totalitarisme mondialiste
que les États-Unis tentent d’instaurer sous couvert de la démocratie,
et dont on voit les effets néfastes précisément au Kosovo et en
Irak, transformés en sinistres caricatures de la démocratie.
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