KOSOVO

Le crime albanais  récompensé?

    Article publié dans L'Action Française 2000 n° 2718 du 1er février 2007

 

Le projet élaboré par les Nations unies pour le futur statut du Kosovo est une nouvelle injustice  envers les Serbes.

 

par Komnen Becirovic

 

Toute la politique de la fameuse communauté internationale depuis le début du drame yougoslave en 1991, relève de l’entorse faite à l’histoire et à la civilisation, à la morale et au bon sens et même à la géographie. La motivation principale tient en un seul mot : les Serbes ! Contrer les Serbes, nuire aux Serbes, punir les Serbes, enfermer les Serbes dans le ghetto, écraser les Serbes sous les bombes, juger les Serbes au tribunal de La Haye!

Malheureusement il semble qu’avec le projet élaboré par le représentant des Nations unies pour la définition du futur statut du Kosovo, l’ancien président finlandais Martti Ahtisaari, on s’obstine dans cette logique maudite et on se trouve au seuil d’une nouvelle injustice envers les Serbes. Le plan prévoit en effet la privation de la Serbie de sa souveraineté sur le Kosovo, sa province historique essentielle, et l’octroi à celle-ci d’une indépendance surveillée, assorti de garanties pour la minorité serbe, créant ainsi un nouvel État albanais en Europe qui ne tardera pas à s’unir à l’État-mère et fera renaître la Grande Albanie du temps de Hitler et de Mussolini. Et non seulement l’acceptation de ce plan instaurera ainsi un important État musulman en Europe mais, pire encore, consacrera un crime multiséculaire : l’implantation  violente des Albanais au cœur de la Serbie, à l’ombre des divers règnes tyranniques, turc, germano-italien fasciste, titiste communiste et, depuis sept ans, otano-onusien. Sous ce dernier, sensé prodiguer et garantir les droits de l’homme et la démocratie, le sort réservé  aux Serbes restant encore au Kosovo est tel qu’ils ne peuvent faire le moindre déplacement  sans escorte des soldats de l’Otan.

Civilisation

Pour montrer toute l’importance, non seulement territoriale mais aussi historique, spirituelle, culturelle, bref civilisationnelle du Kosovo pour la Serbie, il convient de rappeler qu’à l’époque médiévale, elle y développa une splendide civilisation, comme le témoignent la Trinitaire église de Petch, siège du Patriarcat, les églises de la Vierge de Przren et de Gratchanitsa, celle du Christ Pantocrator de Detchani, dont les merveilles architecturales et artistiques se trouvent dans toutes les anthologies de l’art universel.

De même que l’épopée de Kosovo, jaillie de l’âme serbe à la suite de la défaite de l’armée du prince Lazare dans l’affrontement avec celle du sultan Mourad en 1389 dans la plaine fatale, figure dans tous les recueils de littérature générale. En outre,  une part considérable de la littérature et de l’historiographie serbes  des siècles ultérieurs, est  d’inspiration kosovienne.

Or, il n’existe absolument rien d’analogue du côté des Albanais pour la simple raison qu’ils n’ont commencé à descendre de leurs montagnes au Kosovo qu’à partir de leur conversion à l’islam avec la conquête définitive des Balkans par les Turcs à la fin du XVe siècle. Ayant embrassé la religion du conquérant, ils se firent   ses suppôts les plus zélés.

Évidemment les Serbes essayaient de secouer le joug turc par des insurrections comme celle qu’ils déclenchèrent dans le contexte de la guerre austro-turque de 1683 à 1690, et qui força 100 000 Serbes, devant des représailles, à émigrer avec leur patriarche en tête en Hongrie méridionale, les Albanais ne tardant pas à remplir le vide laissé derrière eux.

La colonisation par eux de la province au siècle suivant pris de telles proportions que l’archevêque de Skopje et primat de Serbie, Mathié Massarek écrivait en 1764 à Rome : « La Serbie a complètement changé : avant, dans toutes les villes serbes il y avait peu de Turcs, qui étaient plutôt modérés… Aujourd’hui l’endroit est plein de maudits Albanais turquisés, des bandits et des tueurs qui se déchirent entre eux et exercent la terreur sur les chrétiens… » En même temps il déplorait que de nombreuses églises de Prizren, élevées par les princes et les souverains serbes, soient transformées en mosquées.

Persécutions

Les choses n’iront que s’aggravant tout au long du XIXe siècle d’autant que des efforts déployés par les Serbes, notamment avec l’insurrection de Karageorges en 1804, suivis des Grecs, afin de s’affranchir de l’oppression, ne cessaient d’irriter les Albanais et de les inciter en tant que «les plus fidèles des fils du sultan», à sévir davantage contre les chrétiens du Kosovo et de la Macédoine, demeurant encore sous l’autorité d’Istanbul.  De sorte qu’à la libération du Kosovo, lors de la première guerre balkanique en 1912, la situation démographique s’y trouvait entièrement renversée en faveur des Albanais : de 1 % à l’époque médiévale vivant à la bordure occidentale de la province, ils avaient atteint le chiffre de 60 %!

La Yougoslavie, après sa création en 1918, tenta de rétablir cet équilibre démographique rompu, en faisant revenir un certain nombre des réfugiés et d’autres nationaux serbes au Kosovo, mais à la destruction de la Yougoslavie par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, en 1941, ils durent rebrousser chemin quand ils ne furent pas massacrés par les Albanais s’étant mis dans les grâces du nouvel occupant. Les milices albanaises, telles que le redoutable Bali Combetar, sévissaient à travers le pays, alors que l’un de leurs chefs Ferat bey Draga, s’écriait: «Il n’y aura plus des Serbes  sous le soleil de Kosovo!» En 1943 fut formée de ces diverses milices la division Waffen SS Skanderbeg, qui commit les crimes les plus horribles.

Cependant, fidèles à leur proverbe: «Là où est l’épée, là est la foi», les Albanais au lendemain de la guerre retournèrent leur veste et devinrent les communistes les plus fervents, leurs dirigeants flattant le tyran rouge Joseph Broz Tito, déjà viscéralement antiserbe, avant de se faire octroyer une autonomie si large qu’elle gomma entièrement la souveraineté de la Serbie sur le Kosovo. Ils en profitèrent pour expulser environ 300 000 Serbes, si bien que leur proportion tomba de 25 %  en 1945 à 12 % seulement à la mort de Tito en 1980.

Terrorisme

Le Kosovo allant à la dérive, Slobodan Milosevic, en arrivant au pouvoir en Serbie en 1987, tenta d’y remédier en réduisant cette autonomie et en rétablissant la souveraineté de Belgrade, mais il se heurta au boycott des Albanais qui quittèrent toutes les institutions, en se plaignant amèrement auprès de l’Europe et des États-Unis d’en être exclus, et en créant des organes de pouvoir parallèles y compris l’embryon l’”armée de libération de Kosovo”, l’Uçk.

Plus la Serbie se trouvait en mauvaise posture en Bosnie et en Krajina, plus cette nébuleuse se structurait en une organisation terroriste, se livrant à d’innombrables actes criminels sur les policiers et les civiles serbes, mais aussi  albanais pour les punir de leur loyauté envers la Serbie. Lorsque les forces serbes réussirent, en été 1998, à casser l’Uçk, les humanistes de l’Ouest crièrent à la barbarie serbe, de sorte que l’Otan, la plus grande coalition militaire de tous les temps, se porta à la rescousse des terroristes kosovars, en lançant les bombardements sur la Serbie le 24 mars 1999, à la suite de l’échec des pourparlers de Rambouillet le mois précédent.

Hystérie

L’agression de l’Otan, accompagnée d’une hystérie antiserbe générale, se solda par des milliers de morts et de blessés, par la destruction d’immenses biens matériels, par la pollution de l’environnement du fait de l’usage des armes à l’uranium appauvri et à d’autres substances chimiques toxiques. Cependant les Serbes résistèrent pendant 78 jours et nuits, de sorte que l’Otan commençait à s’enliserdans son crime, en menaçant de raser Belgrade, comme Martti Ahtisaari, en sa fonction de médiateur, le fit savoir à un moment  à Milosevic. Les accords de Kumanovo du 9 juin 1999, qui mirent fin à l’intervention, repris par la résolution du Conseil de sécurité 1244, stipulèrent le retrait de l’armée serbe du Kosovo, l’entrée des troupes de l’Otan avec les réfugiés kosovars dans la province, le maintien de celle-ci au sein de la Serbie et les garanties d’une vie normale pour toutes les ethnies s’y trouvant.

Exode

Hélas, il n’en fut rien : des Albanais se levèrent en masse pour pousser, devant l’œil indifférent de soldats de l’Otan, 250 000 Serbes et 50 000 Roms et autres sur les chemins de l’exode, s’emparant de leurs biens, profanant et détruisant leurs églises et leurs cimetières. En deux mois  on fit crouler environ 120 églises au Kosovo, soit beaucoup plus qu’en quatre ans d’occupation italo-allemande ou, disons, un siècle d’occupation ottomane. Bernard Kouchner, le prophète de l’ingérence humanitaire, gratifié alors du poste d’administrateur onusien de la province, cautionna tous ces méfaits en déclarant que la nature humaine était portée à la vengeance. On nomma comme ses suppléants locaux, des criminels de guerre notoires, tels que Ramus Haradinaj d’abord, puis Agim Ceku dont des chercheurs sérieux, tels que Christophe Chiclé, affirment qu’ils ont sur la conscience la mort d’au moins d’un demi millier de personnes. Évidemment que sous  de tels dirigeants, les successeurs de Kouchner se montrant impuissants ou complices, le Kosovo sombra dans la criminalité, dans le trafic des drogues et des êtres humains, dans la lutte des clans et, bien sûr, dans la terreur sur quelques 100 000 Serbes qui s’étaient maintenus dans les enclaves. Celle-ci se manifesta en particulier lors du  pogrom des  Serbes en mars 2004, lorsque un grand nombre d’entre eux furent tués et blessés, 7 à 8000 chassés de leurs foyers et une trentaine de leurs églises détruites ou endommagées.

Conflit attisé

Voilà sur quelles assises, sur quel abîme du mal on veut instaurer un État albano-kosovar en taillant dans le corps de la Serbie, non seulement pour la mutiler territorialement, mais aussi historiquement, culturellement, spirituellement.

Cependant ce n’est pas le  seul aspect fallacieux de la question, puisque la création d’un Kosovo indépendant a été dès le début parrainée par un organisme appelé International Crisis Group, fondé en 1995 par le financier George Soros, et dont le but proclamé serait d’aider à la solution pacifique des conflits à travers le monde mais qui, vus sa composition et ses accomplissements jusqu’à présent, ne fait en réalité qu’à les attiser. On voit, en effet, siéger dans le Conseil d’administration de ICG, outre Martti Ahtisaari qui en est le président émérite,  l’ancien secrétaire adjoint à la Défense américain, Morton Abramowitz qui appela dans un article retentissant dans Wall Street Journal du 15 janvier 1999, à l’intervention de l’Otan contre la Serbie et à l’aide massive à l’Uçk dont il se fit le conseiller à Rambouillet. Mieux encore, on y trouve le général Wesley Clark lui-même, commandant de l’Otan qui mit à feu et sang la Serbie durant le printemps 1999, ainsi que son complice, le ministre des Affaires étrangères allemand à l’époque, Joschka Fischer qui, en plein enfer sur la Serbie, s’affichait avec les dirigeants de l’Uçk devant les caméras du monde entier. Y figure également Christine Ockrent, la propre épouse de Bernard Kouchner, qui se distingua avec ses consoeurs Françoise Giroud, Louise Lambrichs et Véronique Nahoum-Grappe, par une constante agitation médiatique antiserbe. Enfin, y est aussi le stratège de l’hégémonie américaine sur le monde, le maître spirituel de Madeleine Albright, Zbigniew Brzezinski qui se vanta que les États-Unis, lors de la guerre dite de Kosovo,  avaient  testé avec succès de nouvelles armes.

Il est tout à fait clair qu’avec de tels parrains, on ne peut pas s’attendre à la réparation des injustices anciennes et présentes mais, bien au contraire, à leur confirmation et à leur consécration à savoir la promotion en État indépendant de ce trou noir de l’Europe qu’est le Kosovo actuel. 

Naturellement la solution serait de garder le Kosovo au sein de la Serbie où il est depuis plus d’un millénaire, de faire revenir des centaines de milliers des réfugiés serbes dans la province, de leur restituer leurs biens et de relever leurs églises des ruines afin que le Kosovo, terre du Christ par excellence, n’en devienne pas l’orpheline. Un Kosovo, non pas ethniquement pur, mais vraiment multiethnique, aux communautés réconciliées au sein d’une Serbie plurinationale.

 
Le Christ outragé
 
L'église de la Vierge (1315) avant sa destruction
 
L'église de la Vierge après sa destruction
 
Un petit chef d’œuvre

La Bataille de Kossovo

Komnen Becirovic présente la traduction des Chants épiques serbes réalisée au XIXe siècle par un diplomate français, le baron Adolphe Avril. La Bataille de Kossovo raconte le terrible affrontement qui eut lieu en 1389 entre les Serbes et les Ottomans. Le prince Lazare y perdit la vie comme de nombreux chevaliers serbes, victimes d’une trahison. Son corps fut transporté dans le monastère voisin de Ravanitza où il fut vénéré. Le sultan Mourad fut tué aussi, mais la victoire resta aux Turcs. Depuis lors, la Bataille de Kossovo est devenue le symbole emblématique de la nation serbe. On comprend l’attachement de celle-ci pour la  province qui a pris son nom. La Bataille de Kosovo est l’équivalent de notre Chanson de Roland.

Cet ouvrage bénéficie d’une présentation particulièrement soignée, texte serbe et traduction se faisant face. La qualité de la forme répond à l’intensité poétique du texte. À tous points de vue, c’est un petit chef- d’œuvre.

Pierre PUJO

* La Bataille de Kossovo, chants épiques serbes. Édition bilingue,  Éd. Un Infini Cercle Bleu. 110 pages, 14 euros.