Le
projet élaboré par les Nations unies pour le futur statut du Kosovo
est une nouvelle injustice
envers les Serbes.
par
Komnen Becirovic
Toute
la politique de la fameuse communauté internationale depuis le
début du drame yougoslave en 1991, relève de l’entorse faite à
l’histoire et à la civilisation, à la morale et au bon sens et
même à la géographie. La motivation principale tient en un seul
mot : les Serbes ! Contrer les Serbes, nuire aux Serbes,
punir les Serbes, enfermer les Serbes dans le ghetto, écraser
les Serbes sous les bombes, juger les Serbes au tribunal de La
Haye!
Malheureusement
il semble qu’avec le projet élaboré par le représentant des Nations
unies pour la définition du futur statut du Kosovo, l’ancien président
finlandais Martti Ahtisaari, on s’obstine dans cette logique maudite
et on se trouve au seuil d’une nouvelle injustice envers les Serbes.
Le plan prévoit en effet la privation de la Serbie de sa souveraineté
sur le Kosovo, sa province historique essentielle, et l’octroi
à celle-ci d’une indépendance surveillée, assorti de garanties
pour la minorité serbe, créant ainsi un nouvel État albanais en
Europe qui ne tardera pas à s’unir à l’État-mère et fera renaître
la Grande Albanie du temps de Hitler et de Mussolini. Et non seulement
l’acceptation de ce plan instaurera ainsi un important État musulman
en Europe mais, pire encore, consacrera un crime multiséculaire :
l’implantation violente des Albanais au cœur de la Serbie,
à l’ombre des divers règnes tyranniques, turc, germano-italien
fasciste, titiste communiste et, depuis sept ans, otano-onusien.
Sous ce dernier, sensé prodiguer et garantir les droits de l’homme
et la démocratie, le sort réservé
aux Serbes restant encore au Kosovo est tel qu’ils ne peuvent
faire le moindre déplacement sans escorte des soldats de l’Otan.
Civilisation
Pour
montrer toute l’importance, non seulement territoriale mais aussi
historique, spirituelle, culturelle, bref civilisationnelle du
Kosovo pour la Serbie, il convient de rappeler qu’à l’époque médiévale,
elle y développa une splendide civilisation, comme le témoignent
la Trinitaire église de Petch, siège du Patriarcat, les églises
de la Vierge de Przren et de Gratchanitsa, celle du Christ Pantocrator
de Detchani, dont les merveilles architecturales et artistiques
se trouvent dans toutes les anthologies de l’art universel.
De
même que l’épopée de Kosovo, jaillie de l’âme serbe à la suite
de la défaite de l’armée du prince Lazare dans l’affrontement
avec celle du sultan Mourad en 1389 dans la plaine fatale, figure
dans tous les recueils de littérature générale. En outre, une part considérable de la littérature
et de l’historiographie serbes
des siècles ultérieurs, est
d’inspiration kosovienne.
Or,
il n’existe absolument rien d’analogue du côté des Albanais pour
la simple raison qu’ils n’ont commencé à descendre de leurs montagnes
au Kosovo qu’à partir de leur conversion à l’islam avec la conquête
définitive des Balkans par les Turcs à la fin du XVe siècle. Ayant
embrassé la religion du conquérant, ils se firent
ses suppôts les plus zélés.
Évidemment
les Serbes essayaient de secouer le joug turc par des insurrections
comme celle qu’ils déclenchèrent dans le contexte de la guerre
austro-turque de 1683 à 1690, et qui força 100 000 Serbes,
devant des représailles, à émigrer avec leur patriarche en tête
en Hongrie méridionale, les Albanais ne tardant pas à remplir
le vide laissé derrière eux.
La
colonisation par eux de la province au siècle suivant pris de
telles proportions que l’archevêque de Skopje et primat de Serbie,
Mathié Massarek écrivait en 1764 à Rome : « La Serbie
a complètement changé : avant, dans toutes les villes serbes
il y avait peu de Turcs, qui étaient plutôt modérés… Aujourd’hui
l’endroit est plein de maudits Albanais turquisés, des bandits
et des tueurs qui se déchirent entre eux et exercent la terreur
sur les chrétiens… » En même temps il déplorait que de nombreuses
églises de Prizren, élevées par les princes et les souverains
serbes, soient transformées en mosquées.
Persécutions
Les
choses n’iront que s’aggravant tout au long du XIXe siècle d’autant
que des efforts déployés par les Serbes, notamment avec l’insurrection
de Karageorges en 1804, suivis des Grecs, afin de s’affranchir
de l’oppression, ne cessaient d’irriter les Albanais et de les
inciter en tant que «les plus fidèles des fils du sultan», à sévir
davantage contre les chrétiens du Kosovo et de la Macédoine, demeurant
encore sous l’autorité d’Istanbul. De sorte qu’à la libération du Kosovo,
lors de la première guerre balkanique en 1912, la situation démographique
s’y trouvait entièrement renversée en faveur des Albanais :
de 1 % à l’époque médiévale vivant à la bordure occidentale
de la province, ils avaient atteint le chiffre de 60 %!
La
Yougoslavie, après sa création en 1918, tenta de rétablir cet
équilibre démographique rompu, en faisant revenir un certain nombre
des réfugiés et d’autres nationaux serbes au Kosovo, mais à la
destruction de la Yougoslavie par l’Allemagne nazie et l’Italie
fasciste, en 1941, ils durent rebrousser chemin quand ils ne furent
pas massacrés par les Albanais s’étant mis dans les grâces du
nouvel occupant. Les milices albanaises, telles que le redoutable
Bali Combetar, sévissaient à travers le pays, alors que l’un de
leurs chefs Ferat bey Draga, s’écriait: «Il n’y aura plus des
Serbes sous le soleil de Kosovo!» En 1943 fut
formée de ces diverses milices la division Waffen SS Skanderbeg,
qui commit les crimes les plus horribles.
Cependant,
fidèles à leur proverbe: «Là où est l’épée, là est la foi», les
Albanais au lendemain de la guerre retournèrent leur veste et
devinrent les communistes les plus fervents, leurs dirigeants
flattant le tyran rouge Joseph Broz Tito, déjà viscéralement antiserbe,
avant de se faire octroyer une autonomie si large qu’elle gomma
entièrement la souveraineté de la Serbie sur le Kosovo. Ils en
profitèrent pour expulser environ 300 000 Serbes, si bien
que leur proportion tomba de 25 %
en 1945 à 12 % seulement à la mort de Tito en 1980.
Terrorisme
Le
Kosovo allant à la dérive, Slobodan Milosevic, en arrivant au
pouvoir en Serbie en 1987, tenta d’y remédier en réduisant cette
autonomie et en rétablissant la souveraineté de Belgrade, mais
il se heurta au boycott des Albanais qui quittèrent toutes les
institutions, en se plaignant amèrement auprès de l’Europe et
des États-Unis d’en être exclus, et en créant des organes de pouvoir
parallèles y compris l’embryon l’”armée de libération de Kosovo”,
l’Uçk.
Plus
la Serbie se trouvait en mauvaise posture en Bosnie et en Krajina,
plus cette nébuleuse se structurait en une organisation terroriste,
se livrant à d’innombrables actes criminels sur les policiers
et les civiles serbes, mais aussi
albanais pour les punir de leur loyauté envers la Serbie.
Lorsque les forces serbes réussirent, en été 1998, à casser l’Uçk,
les humanistes de l’Ouest crièrent à la barbarie serbe, de sorte
que l’Otan, la plus grande coalition militaire de tous les temps,
se porta à la rescousse des terroristes kosovars, en lançant les
bombardements sur la Serbie le 24 mars 1999, à la suite de l’échec
des pourparlers de Rambouillet le mois précédent.
Hystérie
L’agression
de l’Otan, accompagnée d’une hystérie antiserbe générale, se solda
par des milliers de morts et de blessés, par la destruction d’immenses
biens matériels, par la pollution de l’environnement du fait de
l’usage des armes à l’uranium appauvri et à d’autres substances
chimiques toxiques. Cependant les Serbes résistèrent pendant 78
jours et nuits, de sorte que l’Otan commençait à s’enliserdans
son crime, en menaçant de raser Belgrade, comme Martti Ahtisaari,
en sa fonction de médiateur, le fit savoir à un moment à Milosevic. Les accords de Kumanovo du
9 juin 1999, qui mirent fin à l’intervention, repris par la résolution
du Conseil de sécurité 1244, stipulèrent le retrait de l’armée
serbe du Kosovo, l’entrée des troupes de l’Otan avec les réfugiés
kosovars dans la province, le maintien de celle-ci au sein de
la Serbie et les garanties d’une vie normale pour toutes les ethnies
s’y trouvant.
Exode
Hélas,
il n’en fut rien : des Albanais se levèrent en masse pour
pousser, devant l’œil indifférent de soldats de l’Otan, 250 000
Serbes et 50 000 Roms et autres sur les chemins de l’exode,
s’emparant de leurs biens, profanant et détruisant leurs églises
et leurs cimetières. En deux mois on fit crouler environ 120 églises au
Kosovo, soit beaucoup plus qu’en quatre ans d’occupation italo-allemande
ou, disons, un siècle d’occupation ottomane. Bernard Kouchner,
le prophète de l’ingérence humanitaire, gratifié alors du poste
d’administrateur onusien de la province, cautionna tous ces méfaits
en déclarant que la nature humaine était portée à la vengeance.
On nomma comme ses suppléants locaux, des criminels de guerre
notoires, tels que Ramus Haradinaj d’abord, puis Agim Ceku dont
des chercheurs sérieux, tels que Christophe Chiclé, affirment
qu’ils ont sur la conscience la mort d’au moins d’un demi millier
de personnes. Évidemment que sous
de tels dirigeants, les successeurs de Kouchner se montrant
impuissants ou complices, le Kosovo sombra dans la criminalité,
dans le trafic des drogues et des êtres humains, dans la lutte
des clans et, bien sûr, dans la terreur sur quelques 100 000
Serbes qui s’étaient maintenus dans les enclaves. Celle-ci se
manifesta en particulier lors du
pogrom des Serbes en mars 2004, lorsque un grand
nombre d’entre eux furent tués et blessés, 7 à 8000 chassés de
leurs foyers et une trentaine de leurs églises détruites ou endommagées.
Conflit
attisé
Voilà
sur quelles assises, sur quel abîme du mal on veut instaurer un
État albano-kosovar en taillant dans le corps de la Serbie, non
seulement pour la mutiler territorialement, mais aussi historiquement,
culturellement, spirituellement.
Cependant
ce n’est pas le seul
aspect fallacieux de la question, puisque la création d’un Kosovo
indépendant a été dès le début parrainée par un organisme appelé
International Crisis Group, fondé en 1995 par le financier George
Soros, et dont le but proclamé serait d’aider à la solution pacifique
des conflits à travers le monde mais qui, vus sa composition et
ses accomplissements jusqu’à présent, ne fait en réalité qu’à
les attiser. On voit, en effet, siéger dans le Conseil d’administration
de ICG, outre Martti Ahtisaari qui en est le président émérite,
l’ancien secrétaire adjoint à la Défense américain, Morton
Abramowitz qui appela dans un article retentissant dans Wall Street
Journal du 15 janvier 1999, à l’intervention de l’Otan contre
la Serbie et à l’aide massive à l’Uçk dont il se fit le conseiller
à Rambouillet. Mieux encore, on y trouve le général Wesley Clark
lui-même, commandant de l’Otan qui mit à feu et sang la Serbie
durant le printemps 1999, ainsi que son complice, le ministre
des Affaires étrangères allemand à l’époque, Joschka Fischer qui,
en plein enfer sur la Serbie, s’affichait avec les dirigeants
de l’Uçk devant les caméras du monde entier. Y figure également
Christine Ockrent, la propre épouse de Bernard Kouchner, qui se
distingua avec ses consoeurs Françoise Giroud, Louise Lambrichs
et Véronique Nahoum-Grappe, par une constante agitation médiatique
antiserbe. Enfin, y est aussi le stratège de l’hégémonie américaine
sur le monde, le maître spirituel de Madeleine Albright, Zbigniew
Brzezinski qui se vanta que les États-Unis, lors de la guerre
dite de Kosovo, avaient
testé avec succès de nouvelles armes.
Il
est tout à fait clair qu’avec de tels parrains, on ne peut pas
s’attendre à la réparation des injustices anciennes et présentes
mais, bien au contraire, à leur confirmation et à leur consécration
à savoir la promotion en État indépendant de ce trou noir de l’Europe
qu’est le Kosovo actuel.
Naturellement
la solution serait de garder le Kosovo au sein de la Serbie où
il est depuis plus d’un millénaire, de faire revenir des centaines
de milliers des réfugiés serbes dans la province, de leur restituer
leurs biens et de relever leurs églises des ruines afin que le
Kosovo, terre du Christ par excellence, n’en devienne pas l’orpheline.
Un Kosovo, non pas ethniquement pur, mais vraiment multiethnique,
aux communautés réconciliées au sein d’une Serbie plurinationale.
|