Il nous a paru pertinent,
au moment où le président de la province serbe du Kosovo,
Ibrahim Rugova, est reçu comme un chef d’Etat par le Golem parlementaire,
de publier l’allocution prononcée, par Komnen Becirovic, en
guise d’introduction à la présentation du livre “Ma Vérité”
de Slobodan Milosevic, à Paris, le 8 avril 2005.
par Komnen
Becirovic
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Komnen
Becirovic, Pierre-Marie Gallois, Louis Dalmas
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Mesdames
et Messieurs, chers confrères et consoeurs,
Puisque je me trouve à l’origine de la proposition faite au Comité
directeur de l’APE de débattre de ce livre, proposition qu’il
a bien voulu accepter, je sens de mon devoir de vous en fournir
quelques explications d’autant plus qu’il s’agit d’un auteur peu
commun, d’une part, et que, d’autre part, quelques objections
ont été faites ces derniers jours à John Keating et à moi-même
sur l’opportunité, voire sur l’audace d’organiser un débat autour
de l’ouvrage émanant d’un démon que serait, d’après ces gens vertueux,
Slobodan Milosevic.
Mais
d’abord, je me félicite de vous voir si nombreux venus assister
à une rencontre concernant un ouvrage qui a dans son titre le
mot vérité, même si le livre vient de la part de Slobodan
Milosevic, l’homme qui pendant des années aura effectivement fait
l’objet d’une satanisation sans précédent dans l’histoire du monde.
Qui plus est, c’est contre lui que s’est levée, afin de le renverser,
la plus formidable puissance militaire de tous les temps, l’Otan,
puisque ses responsables, ainsi que les chefs d’Etat et de gouvernements
occidentaux impliqués, ne cessaient d’affirmer durant la guerre
dite du Kosovo, que l’on ne faisait pas la guerre au peuple serbe,
mais seulement à Slobodan Milosevic !
Il
y aurait là, si cela n’avait pas été cynique et absurde, puisque
les bombes meurtrissaient précisément les Serbes et détruisaient
leurs biens, quelque chose qui eût donné à Milosevic les dimensions
d’un héros mythique: d’un côté une vingtaine d’États comprenant
près d’un milliard d’hommes avec des moyens militaires, économiques,
politiques et médiatiques illimités, et de l’autre côté un seul
homme avec son peuple de quelque dix millions d’âmes, soumis pendant
près de trois mois aux feux de l’apocalypse du seul fait d’avoir
défendu la partie la plus sacrée de son territoire, le Kosovo.
En
tout état de cause il y a lieu de s’interroger là-dessus et, pour
vous aider à le faire, je me limiterai à citer quelques exemples
criants, pris au hasard parmi mille autres, où les médias, au
lieu de répandre la vérité, se sont mis à propager les mensonges,
en flouant les opinions, en induisant les esprits en erreur, en
bernant les multitudes télévisuelles, si je peux m’exprimer ainsi.
Prenons, par exemple, le conflit bosniaque : en février 1991,
les représentants des trois peuples de Bosnie, Alija Izetbegovic,
Radovan Karadzic et Mate Boban, signent sous l’égide de l’Union
européenne les accords dits de Lisbonne sur une Bosnie trinitaire.
Or à peine rentré à Sarajevo, Alija Izetbegovic ambitionnant de
conserver la prédominance musulmane en Bosnie, téléphone à Warren
Zimmermann, ambassadeur des États-Unis à Belgrade, et lui confie
qu’il avait signé ces accords à contrecœur, et Zimmermann d’absoudre
aussitôt Izetbegovic de retirer sa signature. C’est la reconnaissance
de la Bosnie comme État indépendant, le 6 avril 1992, suivie d’une
atroce guerre tournante entre la communauté serbe, musulmane et
croate, dont on impute naturellement la responsabilité aux Serbes
et qui en feront les frais, puisqu’ils subiront les bombardements
de l’Otan en automne 1995. La guerre se termine par les accords
de Dayton, signés à Paris en décembre de la même année, reprenant
presque textuellement le contenu des accords de Lisbonne abandonnés
quatre ans plus tôt à l’instigation du gouvernement américain.
Ce torpillage des accords de Lisbonne est magistralement dévoilé
dans un article de David Binder, paru sur une page entière de
New York Times du 29 août 1993, alors que la guerre de Bosnie
battait son plein, faisant des dizaines de milliers de morts et
de blessés et des centaines de milliers de sans abris.
Et
voici à présent un cas de désinformation d’autant plus préjudiciable
qu’il a été véhiculé par un grand journal : dans son édition du
30-31 août 1992, Le Monde publie un très long article,
intitulé ” La genèse du ” nettoyage ethnique ” par sa correspondante
de Belgrade, Florence Hartmann qui attribue la responsabilité
à cette sinistre pratique principalement aux idées développées
dans le fameux Mémorandum de l’Académie serbe, paru en 1986, bien
après la mort de Tito comme une critique de son règne despotique,
celui-ci reposant sur la fameuse formule : Une Serbie faible,
une Yougoslavie forte. Un écrit somme toute mesuré, presque évangélique
comparé à la Déclaration islamique d’Alija Izetbegovic dont les
idées anticipent d’une vingtaine d’années celles de Ben Laden,
et à la déroute de la vérité historique de Franjo Tudjman, une
véritable apologie du génocide perpétré par les oustachis sur
les Serbes et par les nazis sur les Juifs durant la Seconde guerre
mondiale. Ceci n’empêche pas Florence Hartmann de passer complètement
sous silence ces deux derniers ouvrages et de qualifier le Mémorandum
de l’Académie serbe d’une sorte de bréviaire du nettoyage ethnique,
pour ne pas dire d’un nouveau Mein Kampf.
Evidemment
c’est le haro sur le Mémorandum et sur l’Académie serbe à tel
point que l’un des hommes politiques le plus en vue à l’époque,
déjà de par sa fonction du président de la Commission européenne,
Jacques Delors, se produit à la télévision et, dans un entretien
avec Anne Sinclair, dimanche soir 16 mars 1997, déclare devant
des millions des téléspectateurs, se fondant principalement sur
l’article du Monde, que “depuis des années, s’élaborait en
Serbie, dans l’Académie de Belgrade, une idéologie du nettoyage
ethnique qui est une idéologie du rejet de l’autre, une idéologie
de mort“, en se vantant qu’il l’avait déjà désignée à la
vindicte publique dès 1992. L’émotion est grande parmi les Serbes
de France, l’Académie serbe se sent diffamée si bien que l’on
charge Me Gilles William Goldnadel d’intenter un procès à Delors,
mais le président du tribunal déclare la plainte irrecevable,
Jacques Delors ayant tellement mérité de la France et de l’Europe
qu’il serait mal à propos de lui faire un procès. Évidemment
l’Académie et le peuple serbes mis au pilori ne pouvaient constituer
qu’une quantité négligeable à côté d’un politicien, fût-il de
la stature des plus médiocres. Cependant, le Mémorandum existant
en français grâce aux éditions L’Âge d’Homme, on le fait
parvenir à Delors qui le lit et se rétracte en privé en avouant,
dans une lettre manuscrite à un ami, datée du 15 avril 1997, qu’il
ne trouvait dans cet écrit nulle trace de “théorisation ni d’appel
à la purification ethnique” et qu’il laissait désormais aux “historiens
le soin de démêler les origines et les causes de tant de malheurs”.
Le jour précédent, le 14 avril, il avait adressé, en usant de
la langue de bois, une lettre personnelle au président de l’Académie
serbe, Alexandre Despic, en l’assurant qu’il allait étudier avec
soin le Mémorandum, alors qu’il l’avait déjà fait, poursuivant
qu’il était attaché à l’amitié des peuples serbe et français,
qu’il compatissait envers les peuples victimes, qu’il recherchait
les voies d’une compréhension mutuelle, de la paix, etc., mais
sans jamais trouver depuis le moindre courage ni grandeur d’âme
de revenir publiquement sur ses propos incendiaires et scandaleusement
diffamatoires tenus à la télévision.
Pareillement,
le 28-29 novembre 1992, le New York Times, le Washington
Post et l’International Herald Tribune, publient
une longue histoire terrifiante intitulée Ethnic Cleansing in
Bosnia : A Savage Tale of Murder and Rape par John F. Burns, que
reprennent la plupart des journaux européens. Il s’agissait prétendument
des aveux d’un Serbe, nommé Borislav Herak qui aurait avec un
complice exécuté des dizaines de musulmans et violé des dizaines
de leurs femmes, des aveux que Herak s’est mit bientôt à singer
durant des semaines à la télévision que toutes les chaînes se
sont données à cœur joie de diffuser. C’est en vain que la direction
des Serbes de Bosnie dément et proteste en affirmant qu’il est
question d’un individu dérangé qui purgeait une peine de prison,
qui s’en était échappé et dont les autorités islamo-bosniaques
s’étaient emparées pour l’utiliser à noircir les Serbes et attiser
davantage sur eux la haine de la communauté internationale.
Rien n’y fait, le monde s’émeut, la Commission pour les droits
de l’homme de l’Onu siège, et les cris de guerre, les appels aux
frappes aériennes contre les Serbes de Bosnie, retentissent une
fois de plus. En même temps l’auteur du récit, John F. Burns,
est célébré comme un véritable héros médiatique et reçoit la plus
haute distinction journalistique américaine, le prix Pulitzer.
Et ce n’est que seulement cinq ans après qu’un grand journaliste
américain Chris Hedges, fait une enquête sur cette affaire et
publie dans le même New York Times du 3 mars 1997 l’article
: War Crime ‘Victims’ Are Alive, Embarassing Bosnia où
il démontre que les affirmations des Serbes avaient été parfaitement
véridiques et que tout dans cette affaire d’un bout à l’autre
n’était qu’imposture. Le but en était, écrit Hedges, “d’accuser
les Serbes du meurtre des dizaines de milliers des musulmans,
et surtout de convaincre les États-Unis et l’Europe que les Serbes
sont coupables du génocide et d’autres crimes contre l’humanité”.
Même le journal Libération, qui ne s’est pas distingué
en ouvrant ses pages à la vérité serbe, bien au contraire, fait
écho de cette affaire dans son édition du 23 mars 1997, en titrant
sous la plume de Jean Hatzfeld : Le “Tchetnik sanguinaire” et
ses victimes imaginaires.
Le
cas suivant concerne un vétéran de toutes les guerres contre les
Serbes, l’apôtre de l’ingérence humanitaire, le guerrier de la
paix, comme il se nomme lui-même dans un livre au titre éponyme
relatant ses exploits philanthropiques, Bernard Kouchner, vous
l’avez deviné. Et ce cas reflète la même stratégie d’utiliser
tous les moyens pour monter l’Occident contre les Serbes afin
de gagner une guerre séculaire qui se déroule entre les musulmans
bosniaques, apostats du christianisme, et les Serbes demeurés
fidèles au christianisme. Une guerre que Kouchner et consorts
ont pervertie en une guerre idéologique, celle des droits de
l’homme et de la démocratie, de même qu’ils ont fait avec
le conflit kosovien dont l’origine est de même nature. Il rapporte,
à la page 386-387, sa visite en compagnie de Richard Holbrooke,
un autre fléau des Serbes, au chevet d’un Alija Izetbegovic mourant
en octobre 2003, et l’aveu que celui-ci leur fit sur les fameux
camps de la mort que les Serbes auraient installés en Bosnie en
1992. “Je pensais que mes révélations pourraient précipiter
les bombardements“, confesse Izetbegovic apparemment saisi
de remords, avant d’ajouter : “…mais l’information était fausse.
Il n’y avait pas de camps d’extermination quelle que fût l’horreur
des lieux“.
Finalement
les Bosniaques ont eu gain de cause : les Serbes de Bosnie furent
bombardés par l’Otan et le tribunal de La Haye, pour juger les
crimes dont on les accablait, fut créé à l’initiative de Madeleine
Albright que pourtant les Serbes avaient autrefois sauvée du
four beaucoup plus incandescent que celui dont parle le prophète
Daniel. Or, parmi les premiers inculpés se trouvait un certain
Gruban Malic, décrit comme un redoutable meurtrier et violeur,
contre lequel la procureure Louise Arbour lance immédiatement
un mandat d’arrêt mais sans aucun résultat, nulle indication de
l’état civil de ce personnage ne se trouvant dans toute la Bosnie.
Et pour cause, puisqu’il s’agissait d’un personnage imaginaire
d’un récit rabelaisien du célèbre romancier serbe Miodrag Bulatovic,
Le héros à dos d’âne, paru en français aux éditions du Seuil
à la fin des années 60. Mais apparemment un journaliste serbe
avait communiqué ce nom, en guise de canular, à l’un de ses confrères
occidentaux, fournisseur zélé des noms de criminels serbes au
tribunal de La Haye, et celui-ci l’avait pris pour de bon en même
temps que le tribunal inscrivant aussitôt sur sa liste des accusés
le terrible Gruban Malic. Nous avons consacré à cette affaire,
comme à la plupart de celles que j’évoque, des articles entiers
dans notre revue B.I., anciennement Balkans-Infos, véritable tribune
de la vérité en un temps où celle-ci en est orpheline.
Voici
à présent un autre cas relatif également à la précitée Florence
Hartmann, oracle du journal Le Monde pour l’ex-Yougoslavie,
avant d’être nommée la porte-parole de la procureure du TPI,
Carla del Ponte. Elle publie à la fin de 1999 un gros volume sous
le titre Milosevic, la diagonale d’un fou où sa patronne
puisera les principaux arguments pour dresser l’acte d’accusation
contre Milosevic. Pour vous montrer à quel point cet ouvrage est
partial et relève de la plus ordinaire propagande antiserbe, je
ne citerai qu’un seul passage, à la page 301, concernant le général
Naser Oric, commandant des unités musulmanes à Srebrenica, qu’elle
présente sous des traits plutôt sympathiques, en écrivant notamment
: “À la tête d’une armada de torbaris affamés et assoiffés de
vengeance, Naser Oric lançait des assauts contre les villages
serbes isolés en bordure de l’enclave pour y voler de la nourriture,
quelques armes. Parfois pour libérer une vallée et élargir ce
territoire montagneux que les forces serbes préféraient jusqu’alors
étouffer plutôt que de s’y aventurer”. C’est à peu près tout,
nulle trace, nulle mention des crimes de Naser Oric et de ses
bandes de soi-disant torbaris (porteurs de hottes), que le général
Philippe Morillon, ex-commandant des forces de l’Onu en Bosnie,
avait pourtant rapportés dans son livre Paroles de soldat,
publié en 1996, à la page 72 en ces termes : “À partir de cette
place forte inexpugnable (Srebrenica) Naser Oric et ses hommes
menèrent une série de raids meurtriers sur les régions serbes
limitrophes. Le plus célèbre et le plus meurtrier eut lieu à l’occasion
du Noël orthodoxe de janvier 1993. De son propre aveu, Naser Oric
n’y fit aucun prisonnier, se défendant que les lois du genre ne
le permettaient pas. Il y eut, aux dires des Serbes, des centaines
de victimes innocentes”.
En
effet, dans les hottes des maraudeurs de Florence Hartmann se
trouvaient parfois des têtes coupées de Serbes, la décapitation,
héritée de l’époque turque, étant pratiquée par des combattants
bosniaques et kosovars et surtout par leurs coreligionnaires arabes
dans leurs rangs, comme l’attestent des vidéos et des photos documents,
entre autres. Il y avait environ un millier de ces victimes serbes
en Bosnie orientale où sévissaient les torbaris de Naser Oric,
ce qui, d’après le général Morillon lui-même et tous les analystes
sérieux du conflit bosniaque, explique mais, certes, ne justifie
pas de nombreuses victimes musulmanes, notamment parmi les torbaris,
lors de la prise de Srebrenica par les forces du général Mladic
en juillet 1995. Il s’agissait en fait d’un acte de vengeance
et non point, comme on ne cesse de le prétendre, d’un massacre
délibéré de civils paisibles et innocents. Cependant, le général
Morillon ayant confirmé les faits relatés dans son livre devant
la Commission parlementaire française sur Srebrenica et devant
le tribunal de La Haye, je vous laisse juges de l’honnêteté de
la spécialiste du Monde pour l’ex-Yougoslavie et du peu de qualification
morale qu’elle a d’occuper une fonction au sein de ce tribunal.
Le seul fait que dans une institution créée pour juger principalement
les Serbes, se trouve un personnage qui pendant dix ans n’a cessé
d’être en première ligne du combat médiatique contre eux, suffirait
à déconsidérer cette institution, si elle ne l’était déjà
par d’autres entorses à l’éthique et à la justice les plus élémentaires,
ce dont Me Verges va nous entretenir.
J’ajoute
que vous chercherez en vain dans l’ouvrage de Florence Hartmann
la moindre mention du nom du général croate Ante Gotovina et des
crimes commis par ses unités contre les Serbes. Or, comme vous
le savez, la non-extradition du général Gotovina au TPI constitue
le principal obstacle à l’ouverture des pourparlers pour l’entrée
de la Croatie dans l’Union européenne, tellement ces crimes sont
considérés comme graves. Évidemment le général Oric, ainsi que
plusieurs généraux croates et bosniaques dont les chefs d’état-major
successifs, Sefer Halilovic et Rasim Delic, ont fini par être
inculpés par le tribunal de La Haye, seulement dix à douze ans
après les événements, alors que les responsables civiles et militaires
serbes, l’avaient été souvent pendant les événements eux-mêmes,
comme ce fut notamment le cas de Milosevic lors de l’intervention
de l’Otan. Pourquoi ces inculpations tardives y compris celle
de Ramus Haradainaj, responsable de la mort d’une centaine de
Serbes et d’Albanais, mais investi, néanmoins, premier ministre
du Kosovo en automne 2004 ? Parce que le tribunal devait finalement
se rendre à l’évidence et cesser d’être, ce qu’il a été pendant
des années, une sorte d’inquisition montée pour juger presque
exclusivement les Serbes, et parce qu’il risquait, ainsi que ses
commanditaires, une condamnation sans appel par l’Histoire.
Et
voici, pour terminer, un cas de désinformation flagrant relatif
au Kosovo, tel qu’il l’a relaté récemment dans sa déposition devant
le tribunal de La Haye, un officier de l’armée allemande, Dietmar
Hartwig, chef de la Mission de contrôle de l’Union européenne
au Kosovo de novembre 1998 au 19 mars 1999, à savoir cinq jours
avant l’attaque de l’Otan contre Serbie. Il raconte que, ayant
appris par les journaux que les Serbes avaient transformé le stade
de Pristina en un vaste camp de concentration pour les Albanais,
il s’y est précipité pour constater qu’il ne se trouvait dans
le stade âme qui vive. Une autre fois, on l’informe de se rendre
d’urgence dans la localité de Srbica où les Serbes auraient massacré
une quarantaine d’Albanais : il y arrive et apprend par des témoins
oculaires qu’en fait les Albanais s’étaient entre-tués à plus
forte raison que l’Uck éliminait tous les Albanais soupçonnés
de coopérer avec les Serbes. Après avoir énuméré force détails
de ce genre, Dietmar Hartwig conclue en honnête homme ce que Milosevic
ne cesse de clamer du fond de sa geôle rejoignant la voix de tous
les hommes de vérité et de justice dans le monde : qu’il n’existait
absolument aucune raison pour que l’Otan fasse la guerre aux Serbes.
Je
pourrais multiplier, preuves à l’appui, de pareils exemples longtemps
encore, aussi bien sur les événements du Kosovo que de Bosnie,
mais j’ai déjà trop empiété sur le temps imparti à nos prestigieux
invités et me limiterai à poser une question pour le moins paradoxale
: comment se fait-il qu’aucun des chefs d’États et des gouvernements
occidentaux ne se soit rendu aux obsèques des deux autres protagonistes
du drame yougoslave, Milosevic en étant le troisième, notamment
aux obsèques de Franjo Tudjman en 1999 et à celles d’Alija Izetbegovic
en 2003, alors que les Occidentaux avaient aidé l’un et l’autre
par tous les moyens dans leur guerre contre les Serbes, allant
jusqu’à laisser s’infiltrer en Bosnie les combattants d’Al-Qaïda
? C’est que Tudjman avait été un antisémite notoire, de même
qu’Izetbegovic avait été un farouche islamiste, hormis pour
Bernard-Henri Lévy, et qu’il eût été compromettant de leur témoigner
les plus hautes marques d’hommage, telle est la duplicité dont
ont fait preuves les dirigeants de l’Ouest durant les événements
des Balkans.
Quelle
est la moralité de tout ce que je viens de vous dire ? La première,
c’est qu’il existe toute une zone d’ombre du drame yougoslave
qui s’est joué tout au long de la dernière décennie du XXe siècle,
une face cachée que dévoile précisément et en bonne partie le
livre Ma Vérité de Slobodan Milosevic. C’est un véritable
brûlot envoyé au cœur de la désinformation sur la dislocation
de la Yougoslavie et sur les conflits qui en ont résulté. Vous
y trouverez en particulier comment ce pays qui, par la diversité
de ses peuples et de ses cultures, préfigurait pendant soixante-dix
ans l’Europe, fut détruit par des forces intérieures et extérieures
hostiles, et ses peuples précipités dans l’abîme des guerres civiles.
La seconde moralité, c’est que la Bosnie et le Kosovo ont servi
de champs d’expérimentation pour lancer par les Etats-Unis et
la Grande-Bretagne, usant de l’imposture médiatique, des guerres
ultérieures, notamment celle contre l’Irak, sans parler des révolutions
dites de velours. L’affirmation répétée pendant des années
sur la possession des armes à destruction massive par les Irakiens,
s’est révélée toute aussi mensongère que celle imputant aux Serbes
l’extermination des Bosniaques et des Albanais. On peut même affirmer
que c’est sur les Serbes que l’Occident, se trouvant sous l’emprise
des forces néfastes à la fin du Deuxième millénaire, a basculé
dans le mal, le mensonge étant le mal et le père du mal, comme
nous l’enseigne l’Evangile. Et nous l’avons bien vu à la veille
de l’agression contre l’Irak lorsque les fauteurs de guerre, les
instigateurs au meurtre de deux côtés de l’Atlantique, ne cessaient
de répéter : on a bien réussi en Bosnie et au Kosovo, il n’y a
pas de raison à ce que l’on ne réussisse pas en Irak. Beaucoup
d’entre eux, devant l’enlisement américain dans les sables de
Mésopotamie, ont depuis baissé pavillon.
Il
n’y a que la vérité qui puisse être le remède à ce mal. Dostoïevski
disait que seule la beauté pouvait sauver le monde. Les choses
se sont tellement aggravées depuis que nous disons aujourd’hui
: seule la vérité peut sauver le monde.
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