AUX BERGES DE L'OUBLI…


Leur mémoire se joue aux "Belles hermétiques",
Théâtre de ces cœurs où chante le néant...
Alors, sur le plateau, désert sombre, béant ;
Acteurs vêtus de cendre, ils errent pathétiques.

Ils cherchent ; sur la scène ils ne retrouvent rien !
Les bleuets, lys, arums, la plus petite rose,
Ont disparu, félons, "côté jardin" morose…
L'Alzheimer, ce blizzard, en est le seul gardien !

Brouillant les corridors pour égarer leur tête,
L'oubli, pernicieux, grand maître en son manoir,
Tient à présent captifs, hélas, d'un vil trou noir,
Tous les bouquets d'hier, de chagrins ou de fête.

Pourtant ils ont dans l'âme un petit feu follet
Qui persiste à danser, frêle, avec maladresse,
Pour qu'un bonheur sourie, au souvenir qui dresse
De leur vie une fleur… ouvrant le gris volet !


5 juillet 2004.