Du haut de la falaise

Quelle que soit sa race, un être humain peut vivre les mêmes événements de la vie ; il peut aussi avoir le même comportement extrême…

Un éboulis de gravillons et de pierres le guide. Il a plu ce matin, les rares îlots de terre sont déjà presque secs. La latérite ne retient pas l’eau, elle s’érode. Il dérape souvent et craint la chute.

Il est seul. Il s’en est assuré plusieurs fois. Il prête l’oreille aux bruits, seul un glapissement de chien ou de hyène, au loin… Il hume les effluves de la terre humide, sa terre, sa brousse qu’il a tant parcourue. Elle exhale une chaude et puissante odeur de décomposition. Il tient serré, contre son tee-shirt usé, un petit paquet de forme indéfinissable. Depuis ce matin, l’homme marche. Ses pieds soulèvent ses songes, dans lesquels il se noie. Ses pieds connaissent le chemin.

La falaise n’est pas loin. Ses tons cuivrés tranchent sur le sombre des rares arbres, sur le violet du ciel. Un contraste douloureux.

Il sait ce qu’il doit faire, maintenant qu’il est seul. Vraiment seul. Il détache de son torse le paquet qu’il tenait serré. C’est un nouveau-né qu’il tend au-dessus du vide et qu’il nomme, enfin.

Founaté, ce sera ton nom pour l’éternité.

Il baise pour la première fois la mort sur le front d’un enfant.

Founaté, ne crains rien. Je suis là, avec toi.

Le paquet serré contre son tee-shirt usé, il roule dans le vide.