Eclats d’ocre et de noir
Beauté naturelle, dignité, grâce, accueil… Certaines rencontres nous marquent à jamais.
Le vent s’était levé avec le soir. Il jouait dans les tissus, se glissait sous un pli, en formait d’autres. Il vivait dans les larges pans de voiles colorés d’ocre, de jaune et d’orangé.
On était pris par le mouvement ondulatoire et harmonieux. Le balancement et le roulis rappelaient d’autres envolées, d’autres départs…
Majestueuse, Awa semblait glisser, flotter, elle paraissait portée par l’air. Le vent insistait et gonflait son boubou, tout de flammes miel et safran pimentées de rouge.
Elle rayonnait, elle souriait, un sourire franc et non cette lippe boudeuse ou hautaine qu’ont souvent les femmes qui se savent belles. Elle se savait belle pourtant. Elle m’avait confié ses secrets de beauté, le grand soin qu’elle prenait de sa peau lustrée.
Elle venait à ma rencontre, sirène d’ébène pour la proue d’un immense voilier… Elle riait maintenant, m’ouvrait les bras, me tendait la main gauche, celle que la lèpre avait presque épargnée.