Des comportements et une dépendance similaires unissent parfois des extrêmes…

Alphée

Les yeux d’Alphée sont d’un bleu si clair qu’ils semblent s’ouvrir sur l’infini. Ses cheveux, rares, bouclent un peu, son teint frais rosit facilement.

Alphée est calme. Elle joue avec Manon, une poupée de chiffons. Elle caresse longuement le visage peint, l’embrasse avec force, lui murmure des roucoulades. Elle suce avec délice les bras ou les jambes de la poupée. On a beau lui interdire, Alphée porte à la bouche tout ce qui lui tombe sous la main. Autant que ce soit une poupée de chiffons.

Assise sur son lit, les deux jambes dans le vide, Alphée est pensive, plongée dans un rêve sans fin, un rêve en boucle qui lui arrache de petits cris incompréhensibles.

Elle ne parle pas, Alphée. Elle sourit aux anges.

Sa chambre est nue, un peu trop peut-être. Mais tout l’amuse. Elle rit pour peu de choses, un rayon de soleil qui lui réchauffe les pieds, de minuscules particules de poussières qui virevoltent dans la lumière et qu’elle essaie de saisir.

Elle demande peu de surveillance, elle est si calme ! Elle joue. Seuls ses éclats de rire soudains rompent le silence.

Elle n’a jamais faim, Alphée. Elle avale lentement les aliments réduits en bouillie, une purée peu appétissante, où tous les éléments sont mélangés.

Très vite rassasiée, elle repousse la main, qui veut la nourrir, avec une force et une détermination qui étonnent.

Elle n’a pas faim Alphée. Elle n’a plus faim. Autrefois, elle avait un bon appétit. Elle était jeune, elle travaillait beaucoup, atrefois... Maintenant…