LA
LANGUETTE
ce qui fleurit à l'aube
ce qui brûlera au crépuscule
on le retrouve dans les livres sereins.
ô silencieux enseignants de la vie
alphabets d'où l'on épelle tout ce qui adviendra.
parfums de la terre. leçons de grammaire. félicité
humaine
additionnée dans les registres des décès. de
quel plat
va se lever cette langue qui frappe au cœur de l'inquiétude.
qui
donc ouvrira les poches du porte-monnaie transi d'où sourit
le visage
d'un créateur impérissable. densité aux adjectifs
multiples
qui mugit à travers des noms opaques. agitation.
apaisement.
rayons de soleil qui pareils aux troubles se retirent vers
les sombres
recoins. vents orageux du nord. herbes face aux
habitats : notre espoir s'éteint avec la nature. accords.
gestes emprunts de fatalité. foi qui surmonte tout élément.
ici donc
frémit la languette soumise aux sagesses du dieu universel.
ici où tout aurait du être soumis au grand bouleversement.
le chercheur va-t-il comprendre aisément ces subtiles
métamorphoses. le saura-t-il au méprit du vent
qui balaye les empreintes laissées par cet être lascif
:
celui qui s'exprime
ne prend parole véritablement
que lorsque la lame
dont on lui raccourcissait la langue
tombe en ruine.
L'ARBRE
il a disparu dans les inondations
disparu dans les fosses séparant les époques
dans le maquis qui resplendit sous l'élan
des étoiles odieuses.
il habitait il y a peu de temps encore
l'âme versatile
riant effrontément pareil
à un demi-dieu en guenilles.
disparu subitement
exilé des digues qui s'illuminent déjà
d'une lumière ravageuse.
dans son cœur mal-aimé
dans son âme méprisée
il condense le mouvement qui éloigne
l'arbre sous lequel j'étais allongé immobile.
sur qui pourrai-je me jeter autour
du cou pour dire : toi qui fut quelqu'un
toi qui as existé
c'est de toi qu'il s'agit.