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Le
nègre d'Europe.
En
ce temps-là je prenais mes décisions de nuit.
Ces vers résonnèrent longtemps en mes pensées.
C'est un Serbe qui les a écrits. Jivko Nicolitch. En ce temps-là,
je venais de publier mon dernier livre « Rêves sous
le linceul ». Les images du Rwanda hantaient encore mon esprit.
Les têtes coupées bondissaient encore sous mon canapé.
Les machettes découpaient encore mes vers en fines lamelles.
Et voici qu'un ami, Boris Lazitch, l'un de ces barbares de cette
fin de millénaire, me demandait une préface pour une
anthologie qu'il prépare ! Une anthologie consacrée
aux autres allumés qui peuplaient ces contrées où
mille civilisations se targuaient d'en être la Mère
et la Maîtresse, le Maître et le Fils légitime.
J'aurai sûrement une chance de clamer ma suprématie
si j'émigrais là-bas
J'entends
dire que les Serbes sont aujourd'hui le peuple le plus vil d'Europe
Prostré dans mon canapé, face à la télé,
humilié encore par les paroles guerrières de certains
intellectuels concernant les bosniaqueries, puis assistant impuissant
aux massacres sur mon continent, je savourais mon innocence, buvais
à la lie ma mauvaise conscience et me réjouissais
des nuages sombres qui s'accumulaient au dessus de ma tête,
juste à quelques centimètres du superbe plafond de
mon appartement. Scandale et indignation ! Mes crachats incandescents,
infaillibles, nets et sans bavures, ne rateront pas les crânes
de ces dictateurs et de ces tyrans, de ces génocidaires et
de ces S.S. J'étais puissant ! Fort ! Un plus qu'O.N.U !
Ma pluie réduirait en cendres les noires pensées de
toute cette horde ! Et le monde vivra en paix. Et je ne me targuerai
même pas d'en être l'inspirateur. Te
voyant pleurer aujourd'hui Comme
tu es doué mon peuple
La poésie serbe pose la question primordiale de l'engagement
du poète. Que sont ses mots face aux bruits des canons ?
Que sont les frémissements de ses muscles, de ses mains caressant
les feuilles contre les tremblements des immeubles ou des signatures
paraphées sur les accords de guerre ? Dieu
est infime. il se débrouille aussi bien il
connaît personnellement tous les grands artistes parfois
il discute avec moi en un endroit particulier Pour les autres, ne reste que l'incertitude : Où
donc est l'erreur ? Qu'ai-je
bâti
Qu'est la Parole dans ce monde qui n'est que résonance ?
Qu'est la Parole quand elle n'est plus versée dans l'encre
des poètes ? Quand un président se joue d'elle, la
viole, et nous la redonne troublante. Quand un « occidental
démocrate » nous la lance au visage en ignorant les
murmures qu'elle a enfantés. Murmures qui se ramifient et
qui disent que tout n'est pas si simple que cela. Que tout n'a pas
été dit. Ni analysé. D'ailleurs, serait ce
possible ? je
t'abandonne lettre minuscule va on
n'entend plus ce genre d'histoire Ou encore : Ô
mon poème, rêve. Terre de lumière. A bannir : J'écris
des poèmes. J'ai mal à la tête. J'écris
des poèmes.
En ce temps-là, je ne comprenais pas pourquoi mon ami est
venu me chercher pour parler de sa poésie serbe. Novi Sad
chantait déjà si bien, Pritina ne fut pas en
reste des mois plus tard
Je
ne m'engage solennellement à
n'oublier la différence Errances à travers ces mots qui parlent de soi, à travers ces images fabriquées sur soi. Car l'esprit dit, proclamé cartésien ne supporte de multiplicité dans une seule figure. L'être est original et originel. Différent, unique et pur ! Ne peut être à la fois oriental et occidental ! Chrétien et infidèle ! Juif, orthodoxe, luthérien ou je ne sais quoi ! Je
suis laid et Vers qui me rappellent furieusement ceux de Césaire7 :
C'était un nègre dégingandé sans rythme
ni mesure. Le nègre d'Europe est bien un serbe ! On lui construit une image. On devise sur son humanité. On s'interroge sur son degré de civilisation, sur sa capacité à comprendre la modernité de ce monde. Lui qui est à l'origine de nombre de conflits, de guerres, de génocides de ces derniers siècles Pour sûr, il est affreux et malfaisant A civiliser ! En
ce temps-là L'errance nous unit, non comme une perdition mais comme une merveilleuse dérive dans toutes les mers. Nous nous limiterons bien sur le même horizon, nous alignerons bien sur ce trait inaccessible parfois rougi par un disque couchant. Je lis. EN
VAIN CHERCHES-TU TON CHEMIN VERITABLE SUR TERRE CAR TOUS LES CHEMINS
MENENT SOUS ELLE... |
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ANTOLOGIJA
SRPSKE POEZIJE NA FRANCUSKOM JEZIKU
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| Prevod: Boris Lazić, književnik i prevodilac | Webmaster: Sky Seeker | |||
| Urađeno u okviru sajta: | www.tvorac-grada.com | |||