LA MAIN RESSENT A TRAVERS L'OBJET


Les phrases commencent par des verbes : elles mangent des têtes de poissons. Les chiffres inadaptés aux bouches prononçant Aaaaaaa! Atmosphère. Amphore. Anomalie. Dorment.
Les mots! je les efface de la main qui écrit. Je me fiche de savoir ce que la main écrit et me fiche de savoir qu'elle se fiche de l'écriture. Le crayon suit toujours le diktat ou la pensée. Je m'intéresse à ce que la main écrit alors que je ne fais pas attention à elle. Lorsqu'elle devient indépendante, lorsqu'elle se couche sur la table entre les verres, les allumettes, les crayons. Elle joue avec les bouteilles. Déplace les cendriers. Comment oublier cette main qui se sent objet. A table, une cigarette entre les doigts, elle rêve.

* * *

Nous avons bâti des villes. Puis les avons démolies. Réduites en cendres. Nous avons éparpillé leurs murs et leurs églises. Avons réduit des peuples en esclavage. C'est avec fierté que l'on parle des souverains aux épées les plus puissantes. Puis nous avons nommé barbares les destructeurs. Nous nous sommes arrêtés confus face aux anciens murs. Nous avons creusé les fondations. Restauré les villes détruites.
Elles n'ont pas de routes. Aucun accès. Aucune armée ne peut les prendre. Les ennemis sont morts loin des murailles.
Nous avons bâti des routes, avons appelé les restaurateurs et mis sur pied d'égalité les religions.
Nous accédons toujours aux villes depuis le moment présent. Mais nous n'y parvenons jamais. On y parvient uniquement par le passé.

ANTOLOGIJA SRPSKE POEZIJE NA FRANCUSKOM JEZIKU
  Prevod: Boris Lazić, književnik i prevodilac Webmaster: Sky Seeker
  Urađeno u okviru sajta: www.tvorac-grada.cjb.net