RECONNAISSANCE
je m'emparais une fois d'un bout de papier et
commençais à n'écrire qu'un mot -
vide.
j'écrivais : vide, vide, vide etc.
j'avais de plus en plus la sensation de couler
et que ce mot me vidait.
je ressentais le fond même, le tremblement
des cordes invisibles d'une coquille de son
et il n'y eu plus aucune distinction entre
moi-même et la parole écrite.
je me suis déplacé en silence, petit à petit
j'étais celui qui écrivait et prononçait
et le vide lui-même se reconnaissait.
l'ayant prononcé, j'étais devenu le mot même.
j'écrivais : vide, vide
et sa figure s'élargissait comme l'espace dans une église
tous les autres mots se perdaient dans ses recoins
innombrables. il transcendait tout et agrandissait
subitement ses commencements.
il s'éloignait infiniment bien que je le ressentisse
sous les doigts, bien que je le touchasse
du bout de la langue.
"exprimant mon être, je me perdais" disais-je de
plus en plus bas
et je devenais simple écho de la blancheur du papier.