TEL UN NAVIRE SUR L'OCEAN

Fuyant de jour et de nuit... de lieu en lieu
fuyant tel un navire par l'océan immense
(Arsène III Tcharnoïévitch
dans sa Lettre
du 29. octobre 1705,
au consul russe de Vienne)

I

Corneilles en volée, peupliers,
saules, de marais en marais,

Tuiles et mousses scrutant figées
fentes du Logis démembrées

Obscurément sombre l'hiver
dans le débris des lunes claires

le guerrier, l'agneau, l'épousée
finissent ainsi, dans les prés

Le temps rampant à contretemps
peuple par les bourbiers errant

(La rime en soi n'apaise pas -
elle ouvre les bras au trépas)

Est-ce Yovanovitch Païa
cette étoile par-dessus bois


II

Chandeliers aux huiles desséchées
des sceaux de chartes arrachés

auprès de las aïe se lamente
la nuit s'endort dans la tourmente

un blé nouveau prêt à jaunir
ondule au grès du souvenir

Et Levichka, et Levichka...
La veilleuse peut-elle bleuir

(Existes-tu, pays natal,
baigné de brume, blafard, fatal)

Le voile de la Madone
s'étend doré le long des ornes

Fait Signe de croix, ma demeure,
ta flûte de sureau se meurt


III

L'angoisse est cri dans un distique :
Tcharnoïevitch, cerises - triptyque

Hors d'un béat pathétisme
fresque dont luit l'éréthisme

on brûle l'orge auprès d'un dôme
Zvétchane, Prizrène : l'épée les nomme

ce gîte qui vole en éclat
des Saints archanges fut le toit

Marquise frôlée par l'été
une voix de lin est Szentendré

Paroles - frêles attouchements :
cruche, bague, complaisamment

Ombres des anciennes demeures
qui frémissent, mais ne demeurent

ANTOLOGIJA SRPSKE POEZIJE NA FRANCUSKOM JEZIKU
  Prevod: Boris Lazić, književnik i prevodilac Webmaster: Sky Seeker
  Urađeno u okviru sajta: www.tvorac-grada.cjb.net