L'INERTIE
(extrait)

Tiens, je suis couché et je ne le suis pas.
De loin, on dirait que je suis dans
une quelconque énigme antique
ou un dé en équilibre sur
la corde d'un gousslare12, sur les rebords,
entre des chiffres usés.

Mais la chose est plus simple.
Depuis des jours (oh, je me trompe
dans mes calculs pareil à ce dé flottant),
depuis des jours, donc, je bous
impuissant et me prend la tête.

Jeté sur un amas de linge fané,
sur un ballot de coton mâché,
je m'étire, frérot,
oisif et fainéant selon une grâce inutile,
je plie la tête au-dessus du genou,
par le nœud osseux d'une rose,
je ricane en montrant mes dents
à une lumière qui ne vient de nulle part,
moi, homme sain de cœur et d'esprit,
à la jambe droite brisée,
que je tends en signe de salutation,
tel un singe.

Je me suis gâté
tel un esprit domestique disparu, âme du défunt
depuis longtemps
mise à la ferraille pour
une lavure argentée, un savon
domestique.

Je suis à demi couché ainsi, les jambes
tendues en une salutation nazie,
avec cette vie passée
revenant tel un pendule.

Lorsque je me serai entièrement engourdi
je changerai de position
en signe d'une nouvelle
marche mystique.

Ma parfaite apathie est contagieuse
et s'abat sur tous ceux autour d'elle
telle une poussière radioactive.

De cette monotonie courbée
seuls peuvent m'éveiller
une soudaine frénésie du cœur,
ou lorsque sans aucune raison
le membre sanglant s'élève
tel une charogne
au-dessus de mon incorporéité.

Effectivement, le voilà,
se raidissant et grandissant,
jetant partout une ombre simple,
pareil au champignon atomique.

De toute façon, l'éros est absurde,
le monument de plâtre est vide,
répétais-je lentement,
les paupières lourdes.

Et puis, une simple voix m'effraie.
Cela ne dure qu'un instant. Il n'y a rien. Tout
est lourd. La musique est
immuable. Le monde est un automate.

Je me retiens des heures durant.
Empli d'eau. Tel une aquarelle,
dirait un plaisantin. Pour
accéder à la salle de bain
je dois aller à petits sauts ou
m'appuyer sur ma langue.

Je ne bouge pas, pareil à une vierge
qui dissimulerait son envie impure
jusqu'à l'instant fugace où sa propre urine
ne l'illumine
dans un de ces livres
qui nous entourent.

Je me suis brisé le cœur,
l'os du talon et
j'écourte les journées
en me comparant à Achille
ou Pat Hibulaire
tout en me faisant pousser
des tresses Byroniennes.

Mais je n'ai pas glissé
sur du papier sale...

ANTOLOGIJA SRPSKE POEZIJE NA FRANCUSKOM JEZIKU
  Prevod: Boris Lazić, književnik i prevodilac Webmaster: Sky Seeker
  Urađeno u okviru sajta: www.tvorac-grada.cjb.net