NON, JE NE TREMBLE PLUS EN PASSANT AUPRES DES VITRINES


Merci,
poésie, bénie soit
ton impuissante puissance ! Regarde comme
il fait froid dehors, comme les rues dénudées
sont couvertes d'une brume qui jamais
ne deviendra chaud haillon empêchant
les dents de claquer. Si j'appris
quoi que ce soit, au fils des années,
j'appris l'âpreté du silence
d'où l'arbre majestueux du mimosa
- qui fleurit dans quelque strophe - se ramifie
et où, silencieuse, la dernière
heure nous attend. Rien ne peut nous
sauver, mais un discours sur l'absence de salut
offre encore un doux espoir. Me voici, j'arrache
mes doigts à la piste d'envol terrestre
et disparais dans mon propre vertige. Voler
ou bien être dans l'eau jusqu'au nombril, c'est la même chose : ainsi le peuplier
surgit d'un sol marécageux et tremble de ses sommets
dans les hauteurs célestes qui, à nous autres,
fourmis, nous coupent le souffle. Et le souffle
se transforme en eau,
en eau sainte qui asperge
nos fronts glacés. Merci, ô
merci, poésie ! Que ces commentaires
malhabiles d'une vie disparue soient le gage
de ta présence vive. Alors, pourquoi
s'en faire, frères joyeux ? Le fait qu'il n'y ait pas
de pain où qu'il y ait pénurie de pilules, dit-on, salvatrices,
pour un malade cher, ce ne sont que vétilles
et misères. Merci, poésie : car, vois, je suis en train de mourir alors que tout est
si silencieux, solennel, sans crainte aucune ni
parole forte. Je tremblais pareil à ce petit enfant aux pieds nus
inconsolable qui passe à côté d'une vitrine
de pompes funèbres. Maintenant, je jette
un regard serein à travers la vitre, il la traverse
sans la briser et je vois : un cercueil, un triste bouton,
un cierge, une couronne. Et, encore, tout à fait simple
pour moi, sans doublure en soie ni boîte de métal
pour la conservation d'un éternel rhumatisme. Le regard glisse
de plus en plus loin alors que mes épaules ressentent,
venant d'en haut, la pression d'un nuage : fils, croise
les bras sur ta poitrine, prépares-toi ! C'est la paix :
l'Epiphanie peut commencer !

ANTOLOGIJA SRPSKE POEZIJE NA FRANCUSKOM JEZIKU
  Prevod: Boris Lazić, književnik i prevodilac Webmaster: Sky Seeker
  Urađeno u okviru sajta: www.tvorac-grada.cjb.net