LA
TRUITE
Tu arrives même en cette heure soudaine glissante et furtive
depuis le magma glacial des sombres recoins aqueux où luisent
telles un feu tes branchies rouge-sang s'ouvrant et se refermant
selon le rythme des herbes marines qui ploient.
Toi, toute-puissante, pleine d'illusion, tu réchauffes mon
cœur, faisant naître l'espoir qu'il est encore des choses
méritant que l'on s'y attarde, fascinante et solitaire dans
la cassure diaphane de la lumière, dans les courants orageux
où ton pouls vivace cogne en forces muettes dans ma matinée,
qui donc t'accélère?
Tu ne tiens pas secrets tes impulsions et saints simulacres, tu
couvres d'ombre les Miroirs du Seigneur et sauvegardes l'éternité,
marquise paisible, inoffensive et passionnée, différente
de toute autre.
Ô Louise de Lyon, jamais cupide, jamais la même, où
donc est ton cœur de rose, qu'as-tu donc balancé avant d'avoir
repeint de clarté tous mes visages? La rosée n'enchante
que les coquelicots et les apparences, cet hiver enceinte sur des
lèvres qui embrassent l'intimité des espaces, cette
existence couverte d'une neige de caviar ultime.
Comme les possessions humaines sont insignifiantes ! Les mots me
lavent parfois pareils aux larmes qui coulent le long du visage,
les cailloux cristallins des ruisseaux montagneux scintillent dans
mon esprit, un Eden jamais tenté encore, ombres de toute
cette diversité, non preuves mais traces, intérieur
d'une blancheur réduite à sa légèreté.