LE
CHEMIN
Rien ne lui arrivait. Rien ne lui arrivait depuis des jours. Les
aiguilles de la montre tournaient. Mesure du temps dans une petite
machine. Jours et mois indiqués sur le mur. Rien et rien.
Seul le périssable s'imposait. Fondait sur lui impitoyable,
éhonté.
La possibilité de tomber amoureux, de rêver d'amour
et de tendresse n'était que besoin intime d'être ordinaire,
d'être homme capable de changement d'humeur,
afin d'avoir la certitude d'être de ce monde.
Seul, conscient de cette solitude et ayant un besoin prononcé
pour le ravissement, pour le jeu avec les êtres comprenant
le jeu, il chercha et trouva ravivé le mythe de Gilgamesh
et oublia à dessein qu'il avait par sa naissance tué
Enkidou afin de rester seul : il oublia, sinon il n'aurait perduré
dans cette vie qui lui était offerte ou qu'il avait choisie
afin de voir une fois de plus ce qui fut déjà dans
les temps anciens et qui était inscrit dans les vieux parchemins,
dans le souvenir de ceux qui virent, dans le silence de ceux qui
savent.